Énigmes sous la nef : Ce que la restauration de l’église de Champagnolles nous a révélé

Restaurer un monument historique, c’est parfois soulever le voile sur des secrets enfouis depuis des siècles. Pour Marie-Pierre NIGUES, l’architecte en charge de la rénovation de l’église Saint-Pierre, ce chantier s’est transformé en une véritable exploration. Des peintures murales du XIIIe siècle au mystérieux puits caché sous les pieds des fidèles, elle nous raconte comment ce monument a posé plus de questions qu’il n’en a résolues.

J’ai eu la chance de visiter chaque recoin de l’église Saint Pierre de Champagnolles avant que les travaux ne commencent et j’ai pu prendre la mesure de sa richesse patrimoniale, historique et archéologique. Mais, une fois les travaux de restauration et de remise en valeur terminés, le monument pose encore plus de questions qu’avant tant les découvertes qui y ont été faites pendant le chantier sont singulières.

L’église a été (re)construite au XIIe siècle qui correspond à une période d’intense construction à travers tout le royaume. Intégrée à un prieuré-cure, elle dépend de l’abbaye Saint Etienne de Mortagne. Les vestiges de sa couverture originelle en dalles de pierre entourée de chéneaux encaissés et de gargouilles ont été découverts pendant les travaux.

Elle est modernisée au XVe siècle après la guerre de Cent Ans, comme en témoignent la vaste baie ogivale aujourd’hui bouchée mais encore lisible qui perçait son chevet, et le portail occidental gothique.

Elle est saccagée pendant les Guerres de Religion et y perd une grande partie de la voûte en pierre de la nef. Il faudra attendre 1903 pour qu’une nouvelle voûte en briques plâtrières reconstitue l’aspect du couvrement initial.

Utilisée comme salle de réunion et temple de la Vérité pendant la révolution, l’église est restaurée au XIXe, augmentée d’une tribune, d’un badigeon à faux calepinage sur ses murs intérieurs et, eu égard à sa grande humidité, d’une dalle en béton au sol intérieur.

L’église est Classée Monument Historique en 1910.

En 1982, ses couvertures en pierre sont restituées sur le chœur, le bras Sud du transept et l’absidiole Nord.

La grosse restauration qui vient de se terminer aujourd’hui assurera la conservation du monument pour les 120 à 150 ans qui viennent. De très belles découvertes ont été faites pendant les travaux :

  • Des peintures murales historiées du XIIIe siècle sur les parements du chœur représentant, entre autres, de terribles scènes de tortures
  • Des placards liturgiques qui ont été débouchés et qui pourront à nouveau être utilisés lors des offices
  • Des croix de consécration anciennes sur les murs. Une nouvelle croix de consécration datée de 2025 a été peinte d           ns la nef qui témoignera durablement de la campagne de restauration  qui vient de se terminer
  • Et, dans le sol de la nef le plus étonnant sans aucun doute, un puits maçonné, aux parois dotées de redans formant échelle pour y descendre. Au plus fort des dernières pluies le niveau d’eau à l’intérieur n’était qu’à 90cm sous le niveau du sol intérieur ! La présence d’un puits à l’intérieur du monument est rare et plaide en la faveur de l’antériorité de l’édifice actuel qui aurait été reconstruit au XIIe sur un bâtiment bien plus ancien, paléochrétien voire antique. Les cultes liés à l’eau étaient en effet courant à la période gallo romaine. Si le puits a été recouvert d’une dalle solide, il conserve intacts tous ses secrets car il n’a fait l’objet d’aucune investigation archéologique. Il les livrera peut être lorsqu’il sera réouvert dans quelques siècles. Aujourd’hui un cercle tracé sur le sol en carreaux de terre cuite en marque discrètement la circonférence…
Marie-Pierre NIGUES

Architecte