Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 12 juillet 2020

Publié le 13 juillet 2020

15e dimanche du T.O

Is 55, 10-11; Ps : 64, 10abcd, 10e-11, 12-13, 14;  Rm 8, 18-23;  Mt 13, 1-23 (ou 1-9)

Notre cœur s’alourdit parfois. Nous sommes devenus durs d’oreilles et nous ne savons plus lire les signes que Dieu nous donne. Jour après jour nous entendons la parole de Dieu qui veut nous rejoindre, mais cette parole trop souvent, nous l’écoutons distraitement. Elle ne laisse pas de trace, n’influence pas notre pensée, notre manière de vivre. Sommes-nous de la bonne terre ? Il nous arrive aussi d’être tristes parce que nous avons transmis notre foi à nos enfants et ils se sont éloignés de l’Eglise. Toutefois, cette parole, même si nous pensons qu’elle a été semée en vain, finit par porter du fruit.

Jésus est la parole de Dieu venue habiter parmi les hommes. Il se distingue des prophètes, d’Isaïe qui répète la parole de Dieu. Jésus est la Parole de Dieu, le Verbe incarné. Il est la Bonne Nouvelle pour tous les hommes. Mais comme pour les prophètes, cette parole trouve difficilement une terre favorable pour y être ensemencée. Comme les disciples, nous aujourd’hui, ne comprenons pas toujours l’importance de l’enseignement de Jésus. Pour entrer dans l’intelligence du Salut, il faut un esprit curieux, disponible, libéré de ses certitudes et des slogans de notre société, de la pensée officielle véhiculée par les médias. Il faut un cœur ouvert pour accueillir l’Esprit-Saint et que s’accomplisse la “rédemption de nos corps”, c’est-à-dire notre libération du péché, du néant. Dieu veut la vie pour chacun d’entre nous. La parole est annoncée à tous et elle portera du fruit, voici la bonne nouvelle de ce jour !  

L’Evangile pour tous les hommes

La parole reçue doit être partagée, comprise, vécue. Pour cela, l’annonce est notre mission à tous et c’est urgent !

L’Évangile pour tous les hommes

“Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison” et une foule immense s’était rassemblée pour l’entendre.   Jésus ne choisit pas à qui il s’adresse. Jésus ne se réserve pas pour un public choisi, trié, retenu pour ses qualités intellectuelles, ses connaissances théologiques, son savoir, ses relations….C’est à la foule immense qu’il veut s’adresser, avec abondance et générosité. Il sait que certaines de ses paroles vont tomber à côté de la terre fertile, que d’autres seront mangées par les oiseaux du ciel, que d’autres encore vont être reçues dans une terre trop peu profonde pour s’enraciner durablement. Quelques graines, toutefois, vont tomber dans une terre fertile, profonde, vont s’enraciner et porter du fruit.  Il en est de même aujourd’hui, c’est pourquoi, comme le semeur de la parabole, il nous faut sortir souvent et partager notre foi, avec tact et sans complexe.

Nous avons reçu l’Esprit-Saint, celui qui fait toutes choses nouvelles et qui nous permet de comprendre le projet de Dieu. Pour l’instant « la création est encore livrée au pouvoir du néant », dit l’apôtre Paul. Nous le savons, notre monde est malade, malade de ses divisions, malade du gaspillage, malade de la pollution, malade du désordre européen et international, malade d’avoir abandonné toute référence aux valeurs transcendantales. La création, livrée au pouvoir du néant, crie sa souffrance, son enfantement n’est pas terminé ! Nous avons fêté, cette année, le cinquième anniversaire de Laudato Si, une encyclique qui nous invite à un renouveau profond de notre vie personnelle et communautaire… Gardons confiance. Nous devons agir en sachant que “les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance” (Rm 11,29)  ” il y a  […] dans le temps présent un reste choisi par grâce” (idem), ce reste, ce sont les disciples qui ont reçu la Parole dans une terre féconde et qui portent du  fruit. Nous sommes les disciples d’aujourd’hui, appelés à proclamer à temps et à contre temps, l’œuvre de salut de Dieu. Notre responsabilité est grande. Le Seigneur compte sur nous. Prenons-en conscience. Semons abondamment, chers amis, annonçons l’évangile.  Chacun a reçu des talents, qu’il les fasse fructifier sans se soucier de la fertilité ou de la stérilité de la terre qui reçoit la parole, cette parole qui, comme la pluie et la neige, sera féconde, accomplira la mission voulue par le Seigneur, au temps choisi par lui.

La parole reçue doit être partagée, comprise, vécue. Pour cela, l’annonce est notre mission à tous et c’est urgent !

Une parole reçue est une parole qui doit être transmise. Jésus le semeur est reparti vers le Père en nous laissant la mission d’annoncer l’évangile aux nations, aux périphéries chères au pape François, à tous les hommes de ce temps qui ont faim et soif d’absolu. Tant pis si nous avons l’impression que trop souvent cela tombe “à côté”Le temps de Dieu n’est pas le nôtre, nous sommes les maillons d’une succession de témoins du Christ. Après nous, ce ne sera pas la fin, d’autres prendront la relève. C’est dans notre vie de tous les jours que nous devons, que nous pouvons faire rayonner l’évangile. Par nos actions, par notre parole, par notre silence aussi,  nous sommes les témoins du Christ, appelés à justifier de notre espérance. Bernadette Soubirous, à propos des apparitions, répondit à l’abbé Peyramale, curé de Lourdes : “Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire”. Ainsi en est-il pour chacun de nous.  Malheur à nous si nous gardons pour nous la Bonne Nouvelle. “Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile”, dit Saint Paul et il poursuit : “c’est une mission qui m’est confiée” (1Co 9, 16 et s). Pour gagner le plus grand nombre au Christ, l’Apôtre s’est donné “tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns ». Quelle est l’urgence pour notre temps qui gémit dans les douleurs de l’enfantement, trop souvent loin de Dieu, préparant un avenir sombre pour les générations futures ? N’est-ce pas de participer à l’œuvre du salut  voulu par Dieu pour les hommes ? C’est-à-dire de leur donner les moyens de devenir des hommes nouveaux, affranchis du péché, libres, envoyés à leur tour en mission afin que, comme dit le psaume, soit préparée la terre pour celui qui vient la visiter.

Préparons la terre, chers amis, la terre des hommes, cultivons la. Nous sommes les jardiniers du Seigneur !

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes