
L’expérience de foi de Marie-Eustelle, que nous rapportent ses écrits, se déploie au cœur même de l’Église. Non seulement elle participe pleinement à la vie de sa paroisse dans toutes ses dimensions, des plus spirituelles aux plus concrètes, mais elle vit une relation régulière avec les pasteurs de l’Église : l’évêque, son père spirituel, mais aussi les prêtres à qui elle adresse sa correspondance.
Ce lien est fait de respect et d’obéissance, mais aussi de proximité fraternelle, au sens chrétien du terme. Il est un réel compagnonnage spirituel, résultant de cette même recherche du Seigneur et du désir de Le servir.
Les nombreuses lettres de Marie-Eustelle en sont le témoignage. La relation entre le ministre ordonné et la fidèle laïque n’est pas d’abord située en termes de missions respectives, mais dans cet unique essentiel : cette vie avec et pour le Christ. «
Parmi les lettres adressées tant à Monseigneur Villecourt, évêque de La Rochelle qu’aux ecclésiastiques qui la dirigent spirituellement, Marie-Eustelle rapporte comment elle a mis le Seigneur à la première place et comment elle Le rencontre dans l’Eucharistie, l’oraison et l’adoration… Elle fait part à chacun de sa vie affective d’union à Jésus-Hostie. Sa devise est « Tout en Jésus et pour Jésus ! »
Non seulement dans ses écrits elle partage sa vie de Foi mais se trouvant toujours indigne, elle demande à ses accompagnateurs de prier pour elle comme elle-même prie pour eux.
Dans ses nombreuses lettres à l’abbé Bichon, ancien vicaire de sa paroisse St Pallais, (qui a presque son âge), elle signe « votre sœur en Jésus ». Marie-Eustelle aime tellement Jésus surtout dans le mystère de l’Eucharistie qu’elle envie le bonheur d’être prêtre : « Oh ! Que vous êtes heureux prêtre de Jésus ! » Dans une autre : « La pensée d’un prêtre me transporte, mon frère, et vous l’êtes, oh ! C’est ce que j’aime en vous… » puis elle termine par ces mots : « priez pour moi comme je prie pour vous. »
Quelques semaines avant sa mort, à l’abbé Bichon elle écrit : « Vous savez combien j’aime à m’entretenir de notre Seigneur avec vous, mais la faiblesse me force de cesser. Mon pauvre frère, nous avons nos croix… Priez pour moi, je prie pour vous. Eustelle, servante de Jésus. »
Lorsque Marie-Eustelle rencontre l’abbé Briand, chanoine honoraire en la paroisse de Saintes, elle est heureuse qu’il accepte de devenir son principal directeur spirituel et lui écrit en mars 1840 : « Quelle consolation pour mon âme, après les années de privations et d’épreuves, de pouvoir s’épancher tout entière dans le sein d’un bon Père, dans le cœur d’un ami de Jésus ! Quelle joie d’avoir trouvé un appui à ma faiblesse, un guide dans la voie que Jésus me présente ! Qu’il en soit à jamais béni, et qu’en attendant les joies de la patrie, il vous donne à vous, mon Père, la plénitude des dons de l’esprit d’amour…«
Une certaine réciprocité de l’accompagnement spirituel entre l’abbé Briand et Marie-Eustelle transparaît dans le ton des lettres échangées.
A son tour l’abbé écrit à Marie-Eustelle : « Continuez à prier pour ma pauvre âme, afin que le bon Sauveur l’occupe, l’éclaire, la captive, la purifie, l’embrase du vrai et doux zèle de sa gloire. »
Elle écrit : « Vous voulez toujours qu’on prie pour vous. Eh bien j’ai fait la communion pour vous ce matin… J’ai demandé à Jésus qu’il vous donne son cœur embrasé afin que sa parole fructifie dans les âmes, dans la mienne… »
Un an après l’abbé lui demande : « Priez-le d’avoir pitié du plus pauvre de ses prêtres. »
En février 1841 Marie-Eustelle lui dit dans une lettre : « Demain donc, puisque vous voulez que je prie pour vous malgré mon indignité personnelle, j’irai m’unir à votre âme plus particulièrement, j’irai demander à Jésus de vous donner son esprit, non par mesure mais avec plénitude. »
L’abbé lui demande : « Je m’absente, ma fille, pour quelques heures et avant de partir je vous adresse deux mots pour vous engager à faire pendant neuf jours, la communion pour mon âme ; Jésus seul sait pourquoi mais soyez persuadée que c’est uniquement pour la gloire de ce divin maître. »
En octobre 1841 Marie-Eustelle : « Je vous laisse très cher Père dans la demeure de son divin cœur. Oh ! Là, on apprend tout en ignorant tout.
Après un second voyage à La Rochelle pour rencontrer son Évêque elle écrit à son directeur : « Monseigneur a porté l’humilité jusqu’à me demander de faire la communion pour lui de temps en temps. »
Enfin Marie-Eustelle par son métier de lingère s’occupe du linge des prêtres… et des futurs prêtres. Elle écrit ainsi à celui qu’elle nomme le petit abbé Guérin, fin 1841 :
« Mes prières sont petites et pauvres, pourtant, je les offre pour vous… Ne faites donc plus de taches à votre rochet et surtout, n’en faites pas à votre âme d’aussi ineffaçables. Toute à vous en Jésus, par lequel je vous reste unie. »
Tout au long de sa vie Marie-Eustelle exorte à aller au tabernacle : « Vous n’ignorez pas, par quelles dispositions, quelles vertus vous devez vous préparer à l’onction qui vous donnera de tenir entre vos mains la victime pure et sans tache !… Ah ! les Anges environnent le tabernacle, pour adorer, pour aimer, mais non pour consacrer !… Ne déviez donc jamais du sentier dans lequel vous avez commencé d’entrer ; ne craignez pas les difficultés : vous en aurez, mais à quoi ne devez-vous pas vous soumettre pour atteindre une pareille faveur ! Celui qui vous appelle, vous soutiendra, vous éclairera, vous instruira ; Ah ! pour cela, allez au tabernacle, à cet arsenal sacré. Là, se trouvent des armes pour vous défendre et vous faire triompher.«
Quelques mois avant sa mort, elle y encourage ce jeune séminariste : « Allez au tabernacle, là est l’arsenal du soldat apostolique ! Jésus y sera lui-même votre arme invincible, Oh ! aimez-le bien, ce bon et tout aimable sauveur… Tâchez de vous unir, de plus en plus, au gage de sa tendresse ! Là est le ciel ! Oui, tout est là.«