Canonisation de Mère Carmen-Elena du Venezuela
Séjour à Rome du 18 au 22/10/2025
Lors du pèlerinage diocésain en mémoire des prêtres déportés à l’île Madame, le 22/08/2025, une rencontre providentielle nous a fait découvrir l’existence d’une religieuse vénézuélienne directement liée à la spiritualité de Marie-Eustelle Harpain : la bienheureuse Mère Carmen-Elena Rendiles, qui allait être canonisée deux mois plus tard et serait la première sainte de son pays.
Deux événements à l’initiative du Pape Léon XIV allaient donc se produire ce 19 octobre : la canonisation de Carmen-Elena et l’installation de Mgr Bozo évêque coadjuteur pour le diocèse de La Rochelle.
Une petite délégation a été envoyée Rome pour y représenter le diocèse, rencontrer les vénézuéliens et s’unir à leur prière, tout en se mettant à leur disposition pour leur faire découvrir les racines de leur sainte. C’est pourquoi nous nous sommes inscrits au pèlerinage de trois jours organisé par l’archidiocèse de Caracas.
Tout commence samedi 18 octobre par le pèlerinage du jubilé de l’Espérance. Nous avançons vers la basilique Saint-Pierre par la Via della Conciliazione, en priant et chantant (en espagnol) pour préparer nos cœurs au passage de la porte Sainte. Entrés dans ce lieu unique, nous y découvrons ses merveilles jusqu’au chœur où nous nous recueillons et récitons le Credo au plus près de la tombe de Saint-Pierre, située sous ce point central. Ensuite nous admirons les chapelles, les vitraux, les volumes, les statues, les peintures, les mosaïques… toutes ces œuvres historiques d’artistes qui rendent hommage aux saints papes, dont nous demandons l’intercession pour notre temps.
En sortant, la perspective de la place Saint-Pierre nous saisit. Elle est immense, tout est déjà installé pour la messe de canonisation. Elle paraît en attente, presque vide bien que des pèlerins et touristes fourmillent au loin. Elle semble déjà annoncer que le lendemain sera un jour extraordinaire.
Des pâtes à la carbonara nous redonnent des forces pour partir à la recherche d’un personnage important pour Marie-Eustelle, à qui je veux confier les démarches de sa cause : son évêque, Mgr Villecourt, qui finit sa vie cardinal à Rome. Il fut titulaire de la basilique San Pancrazio, à 3km au sud du Vatican sur la colline du Janicule, et nous espérons y trouver sa tombe. Après quelques péripéties, nous entrons enfin dans cette jolie basilique mineure et trouvons son nom sur une plaque de marbre au milieu de l’allée centrale, d’où je lui adresse ma supplique avec une confiance filiale.
En chemin vers la gare Termini pour rejoindre les vénézuéliens, le Cirque Massimo et le Colisée s’offrent à nos yeux, vestiges et vertige d’un autre temps. Une veillée de prière se tient à l’église du Sacré-Cœur, bâtie par Saint Don Bosco (nous en profitons pour lui confier tous nos jeunes). Nous sommes des centaines. Nous faisons connaissance avec quelques-uns et nous entassons amicalement pour prier ensemble. La bienheureuse Carmen-Elena étant comme Marie-Eustelle une âme eucharistique, Jésus-hostie est mis en adoration après quelques interventions en espagnol dont le sens m’a un peu échappé mais qui furent source de joie profonde et de recueillement pour tous mes voisins. Un chœur de jeunes du pays entonne de magnifiques chants de musique sacrée, qui semblent s’unir à ceux des anges pour ouvrir des ponts entre le ciel et la terre.
Nous nous présentons dès l’aurore du dimanche 19 aux portes de la place Saint-Pierre. Une foule immense fait de même et patiente pour passer les portiques de sécurité. Le peuple de Dieu est bien un troupeau ! Une heure plus tard, nous arrivons au milieu de la place et nous installons près de l’obélisque où faisons connaissance avec d’autres vénézuéliens. La découverte du lien entre nos deux figures de sainteté les impressionne et les réjouit vraiment, ce qui donne beaucoup de sens à notre présence.
La célébration est magnifique. Le cardinal Semeraro présente les sept futurs saints et Léon XIV prononce leur canonisation. Nous leur confions les intentions que nous portons, en particulier notre diocèse. Leurs reliques sont alors apportées en procession. Elles seront conservées à côté de celles de tous les saints canonisés depuis des siècles.
Dans son homélie, le Pape commente l’évangile du jour sur la veuve et le juge inique. Comme nous ne nous lassons pas de respirer, ne nous lassons pas de prier, nous demande-t-il avant de conclure que la justice de Dieu c’est le pardon.
La messe se poursuit et Jésus est présent par la consécration. Que nous soyons des milliers venus du monde entier ou quelques-uns dans une petite chapelle, à Rome ou de nos paroisses, Jésus est là. Et c’est bien le même Christ qui se donne à qui accepte de le recevoir. Comme Marie-Eustelle, j’ai envie de crier au monde : Jésus vous aime, approchez-vous de lui !!
Cete place gigantesque est longue à remplir, mais aussi à vider… La vue d’une telle foule de chrétiens réchauffe le cœur et nourrit l’espérance, on est presque heureux de se marcher sur les pieds les uns les autres…
L’après-midi, sur le haut de la place del Popolo, un orchestre symphonique vénézuélien constitué d’une centaine d’enfants de 8 à 13 ans offre un concert en l’honneur des deux premiers saints du pays. La grande musique de Tchaïkovski, Camille Saint-Saëns et Rossini sont au rendez-vous. Cette beauté élève encore nos âmes vers Dieu et achève cette journée unique, qui fut l’occasion de tisser de belles amitiés et de bâtir des ponts entre la France et le Venezuela.
Lever encore plus tôt ce lundi 20 pour assister à 8h à la messe d’action de grâce présidée par le cardinal Parolin en la basilique Saint-Pierre, sous le sublime vitrail de l’Esprit-saint. Presque tous les évêques du Venezuela sont présents, ainsi que des centaines de pèlerins du pays. C’est là que nous rencontrons les religieuses de la congrégation de Ste Mère Carmen-Elena. Je découvre qu’elles connaissent déjà bien Marie-Eustelle. Elles sont particulièrement heureuses de nous rencontrer et de m’entendre leur parler d’elle. Certaines se confient régulièrement à son intercession et vénèrent sa relique qu’elles ont à Caracas. Je jubile à ces annonces et me nourris de leur promesse de prier pour soutenir les démarches de la cause de Marie-Eustelle.
Nous restons ensemble pour nous rendre à l’audience spéciale du pape pour les pèlerins venus aux canonisations. Comme nous l’attendrons pendant 2h, nous aurons une formidable occasion d’échanger avec elles, avec la postulatrice, ainsi qu’avec d’autres vénézuéliens qui vont jusqu’à nous remercier de notre présence en ces jours si importants pour eux !
Dans l’après-midi, la providence nous permet de recroiser quelques sœurs. C’est là qu’elles nous ont confié une relique de sainte Carmen-Elena pour l’église de Saint-Pallais, à placer à côté de la tombe de Marie-Eustelle.
Fortifiés par ces jours exceptionnels, nous nous rendons le lendemain matin, mardi 21, au Dicastère des causes des saints pour travailler aux détails de la procédure. L’après-midi, nous poursuivons avec un toulousain qui a participé aux travaux de la cause de Ste Carmen-Elena et nous partage de précieux conseils. Nous finissons la journée avec le président émérite du comité pontifical des sciences historiques. Ce jour de travail fut dense et fructueux : ceux qui œuvrent à la cause de Marie-Eustelle auront de nombreux éléments pour poursuivre les travaux.
Nous nous mêlons à nouveau à la foule qui se présente de bonne heure place Saint-Pierre en ce 22 octobre pour assister à l’audience du mercredi. Nous entendons le saint-père nous exhorter à ne pas succomber à la tentation de la tristesse et nous annoncer que la résurrection du Christ peut guérir cette maladie de notre temps. Elle est une explosion de vie et de joie qui a changé le sens de toute la réalité. A méditer.
Pluie de grâces et pluie du ciel se confondent pour clore ce pèlerinage exceptionnel, avec la bénédiction papale que je reçois comme un envoi.
Anne Aucher
Equipe de soutien à la cause de
béatification de la Servante de Dieu
Marie-Eustelle Harpain
Anne Aucher sur la place Saint-Pierre de Rome
La procession sur la Via della Conciliazione, avant de passer la porte sainte.
La tombe de Mgr Villecourt, évêque de La Rochelle qui a soutenu Marie-Eustelle Harpain, dans la basilique Saint-Pancrace.
La messe de canonisation sur la place Saint-Pierre
La messe d’action de grâce présidée par le cardinal Parolin
Le pape Léon XIV pendant l’audience accordée aux pèlerins
Le P. Bertrand Monnard et deux soeurs de la congrégation de sainte Carmen-Elena
