Ce mois de mai 2026, l’Église célèbre pour la première fois la fête liturgique de Sainte Carmen-Elena, après sa canonisation le 19 octobre 2025 à Rome par le Pape Léon XIV. Cette « nouvelle sainte » contemporaine (1903-1977) sera désormais invoquée tous les 9 mai au calendrier. Ce jour-là, on peut donc la prier de façon particulière. Pour se préparer, comme pour se préparer à la fête des saints dont on demande l’intercession particulière, je renvoie donc au texte de la neuvaine que les Missionnaires de Marie-Eustelle connaissent peut-être déjà: On peut commencer cette neuvaine de façon plus particulière à partir du 1er mai, en récitant le texte de la neuvaine chaque jour jusqu’au 9 mai. La fête liturgique de Sainte Carmen-Elena a rang de « solennité » dans la Congrégation des Servantes de Jésus et les Diocèses où cette Congrégation est installée. Dans le Diocèse de La Rochelle-Saintes et dans les diocèses de France, la fête liturgique a rang de « mémoire facultative ».
Je propose en outre la première traduction en français d’un des textes de la sainte que le Dicastère pour le Culte Divin et la discipline des sacrements a retenu pour sa « liturgie propre ». Ce texte sera désormais lu de façon liturgique à l’« Office des Lectures » prévu pour le culte de Sainte Carmen-Elena, tous les 9 mai dans l’Église universelle.
Il s’agit d’une « lettre circulaire » écrite au mois d’avril 1971. Sainte Carmen-Elena écrivait tous les mois ce type de textes aux religieuses de la Congrégation qu’elle avait fondée en 1965, les Servantes de Jésus. Elle suivait en cela le modèle de sa propre fondatrice, la toulousaine Mère Onésime Guibret (1828-1900) qui avait proposé cette pratique de « lettres circulaires » que les Supérieures adressaient à l’ensemble des religieuses de la Congrégation. Rappelons en effet que Sainte Carmen-Elena fut la maîtresse des novices et la Supérieure en Amérique latine de cette Congrégation toulousaine. L’ensemble des « circulaires » de Sainte Carmen-Elena constitue un trésor d’enseignement spirituel.
En ce mois de mai, une autre date est très importante pour les disciples de Sainte Carmen-Elena : le dimanche 31 mai 1857, jour de la Pentecôte, Mère Onésime entendit une locution intérieure après avoir communié en l’église Notre-Dame de la Dalbade de Toulouse : « Écris un acte de consécration de tout l’être au culte du Très Saint-Sacrement ». Cette « consécration de tout l’être au culte du Très Saint-sacrement » en suivant les enseignements et les coutumes de Mère Onésime Guibret, fut le chemin de sainteté que Sainte Carmen-Elena suivit et proposa comme modèle durant toute sa vie. Comme sa fondatrice toulousaine, Sainte Carmen-Elena garda la Servante de Dieu Marie-Eustelle Harpain pour modèle. Le 31 mai fut toujours un jour de fête pour Sainte Carmen-Elena et ses sœurs, en souvenir du miracle de 1857 à Toulouse, et il le demeure encore aujourd’hui. Le 9 mai, mémoire liturgique de Sainte Carmen-Elena, devient un jour de « fête » pour toute l’Église, et de « solennité » pour ses disciples répandus bien au-delà de la France.
François BONFILS
Neuvaine à Sainte Carmen-Elena
Sainte Carmen-Elena, nous nous tournons humblement vers vous.
Vous avez connu le handicap dès votre naissance et la maladie, et vous en avez fait une force en devenant sage.
Vous avez eu la grâce d’entendre Marie, Mère des âmes consacrées, qui invite à la prière pour les prêtres et à raviver le désir de célébrer l’Eucharistie. Elle nous invite à résister aux tentations de l’ennemi.
Vous avez sanctifié la Ville de Toulouse par votre présence, en suivant d’une manière héroïque les enseignements de votre fondatrice toulousaine, Mère Onésime Guibret. Avec vous, nous l’implorons. Et nous invoquons aussi la Servante de Dieu Marie-Eustelle Harpain, votre « ange de l’eucharistie ».
Vous avez su rester fidèle à votre engagement de religieuse tel que vous l’avez reçu, dans la fermeté et la douceur.
Vous avez aimé le Sacré Cœur de Jésus de toutes vos forces. Il vous a donné un cœur humble, à l’image de Son cœur.
Vous nous invitez à nous convertir, à célébrer l’Eucharistie, à invoquer l’Esprit-Saint, dans l’amour des prêtres et la contemplation de Jésus-Hostie.
Entendez nos prières et particulièrement l’intention que nous faisons monter vers le Christ par votre intercession, dans le silence de nos cœurs.
[ intention et silence ]
Serviteurs et Servantes de Jésus, nous vous confions les prêtres en ce temps de purification de l’Église.
Et nous vous confions en particulier l’Église de France, votre Patrie spirituelle : vous, la première Sainte du Venezuela, nous vous demandons d’apporter maintenant la lumière et la lucidité de votre regard à notre Église de France, pour qu’elle reste fidèle au message de l’évangile.
Aidez-nous à aimer le Christ et notre prochain, à servir l’Église et le monde pour la gloire de Dieu et le salut de nos frères et sœurs.
Nous vous le demandons par Jésus, le Christ, Notre Seigneur.
Amen
Notre Père – Je vous salue Marie – Gloire au Père.
Nous finissons notre prière avec votre devise, que nous répétons plusieurs fois :
« Vive Jésus-Hostie ! »
Garder la porte ouverte à Jésus
Alors que Jésus faisait route vers Jérusalem, car les jours de sa Passion approchaient, il envoya des messagers en avant de lui pour les faire entrer dans un village de Samaritains et préparer un hébergement pour lui ; mais on refusa de le recevoir, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. Jésus ne trouve pas d’hospitalité — pas plus qu’il n’en trouva à sa naissance — car on ne veut pas de sa croix. Là où va Jésus, il y va avec sa croix, et il y laisse sa croix, mais il laisse aussi son amour, sa gloire et la liberté. Il nous rend libres, il nous délivre des liens du démon, du monde et de la chair, et il nous rend heureux.
Les Samaritains ne comprirent pas la liberté qui pouvait les conduire à Jésus : sur le moment, ils ne virent que la croix, l’opprobre, les persécutions et les épreuves qu’une telle visite pouvait entraîner. Ils ne pouvaient pas soupçonner la gloire de la Résurrection. Les apôtres de Jésus eux-mêmes n’attendaient rien d’autre que les biens terrestres : le règne, et d’être placés l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Mais lorsque la croix, l’opprobre et la persécution s’approchèrent, ils s’enfuirent, saisis d’effroi ; ils oublièrent Jésus, le Maître, et le laissèrent seul aux mains de ses ennemis. Que resta-t-il alors des promesses de Pierre ? « Même si tous t’abandonnent, Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et même à la mort. »
Jésus les avait pourtant préparés à l’avance. Sachant ce qui devait leur arriver, il les prit à part et leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem, et que va s’accomplir tout ce qui a été écrit par les Prophètes sur le Fils de l’homme. En effet, il sera livré aux nations païennes, accablé de moqueries, maltraité, couvert de crachats ; après l’avoir flagellé, on le tuera et, le troisième jour, il ressuscitera. » Ils ne retinrent pas qu’il ressusciterait le troisième jour — et ils disparurent.
Aujourd’hui encore, comme toujours, Jésus demeure pour beaucoup un inconnu, et pour d’autres un objet de mépris. Et parmi ses apôtres d’aujourd’hui, combien ne sommes-nous pas à l’abandonner ? Combien ne sommes-nous pas à lui refuser l’hospitalité ? Combien de fois ne lui fermons-nous pas la porte — et nous la maintenons fermée durant des jours, des semaines, et puisse-t-il ne pas en être ainsi, durant des mois ?
Nous dirons que nous communions chaque jour — cela est vrai, grâce à Dieu. Mais combien ne s’approchent de la communion que rarement, voire une seule fois par an ? Suffira-t-il à Jésus que ses âmes choisies, ses âmes de prédilection, s’approchent de la communion quotidiennement, si, durant leur journée, elles ne vivent pas en communion avec ses pensées, ses désirs, avec sa divine volonté ?
Il ne suffit pas que nous communiions le matin, pour ensuite lui fermer la porte et laisser entrer toutes sortes de fautes, de négligences et d’oublis de nos devoirs. Nous fermons la porte au Seigneur chaque fois que nous lui refusons ce qu’il nous demande, chaque fois que nous manquons à notre devoir.
Gardons la porte ouverte à Jésus, afin qu’il puisse entrer — ou plutôt, afin qu’il ne s’en aille pas de là où il est. Puisse-t-il la fermer à tout ce qui n’est pas lui, pour lui et par lui. S’il demeure avec nous, nous serons apôtres, et nous serons heureux, en ce monde et dans l’autre.