{"id":9335,"date":"2024-01-14T18:55:05","date_gmt":"2024-01-14T17:55:05","guid":{"rendered":"https:\/\/catholiques17.fr\/marans\/?p=9335"},"modified":"2024-01-14T19:07:29","modified_gmt":"2024-01-14T18:07:29","slug":"le-canoniste-et-le-peche-mignon-annie-wellens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/catholiques17.fr\/marans\/2024\/01\/14\/le-canoniste-et-le-peche-mignon-annie-wellens\/","title":{"rendered":"LE CANONISTE ET LE PECHE MIGNON &#8211; Annie Wellens"},"content":{"rendered":"\n<p>B\u00e9nie soit cette \u00ab&nbsp;Figure Libre&nbsp;\u00bb qui me permet de donner libre cours \u00e0 mon addiction au&nbsp;<em>Dictionnaire des cas de conscience<\/em>&nbsp;de Jean Pontas publi\u00e9 en 1715, et, dans la foul\u00e9e,&nbsp;&nbsp;de l&rsquo;enrichir d&rsquo;un nouvel exemple. D&rsquo;autres le&nbsp;&nbsp;firent avant moi :&nbsp;&nbsp;les canonistes Amort, puis Collet, et enfin Vermot au sujet duquel une \u00e9tude g\u00e9n\u00e9alogique afin d&rsquo;\u00e9tablir ou non&nbsp;&nbsp;un lien familial&nbsp;&nbsp;avec l&rsquo;auteur du c\u00e9l\u00e8bre Almanach \u00e9ponyme d\u00e9borderait, h\u00e9las ! le cadre de cet article. Ils sont tous mentionn\u00e9s par M. l&rsquo;abb\u00e9 Migne qui r\u00e9\u00e9dita l&rsquo;ouvrage, r\u00e9vis\u00e9 par ces trois auteurs, en 1847 aux&nbsp;<em>Ateliers catholiques du Petit-Montrouge&nbsp;<\/em>dont l&rsquo;adresse,&nbsp;<em>Barri\u00e8re d&rsquo;Enfer de Paris<\/em>, n&rsquo;est pas sans r\u00e9sonance dantesque avec le sujet du livre. Certes, tout en confessant&nbsp;&nbsp;que je ne suis ni canoniste ni th\u00e9ologienne, j&rsquo;ose cependant cet additif en tant que t\u00e9moin impliqu\u00e9, confort\u00e9e par le psaume 115,10&nbsp;&nbsp;:&nbsp;<em>Je crois et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Par un beau soir hivernal&nbsp;&nbsp;j&rsquo;entre au cimeti\u00e8re de la petite ville mara\u00eechine o\u00f9 je r\u00e9side, quelques minutes avant la fermeture. Je sais, de m\u00e9moire ancestrale, que la cloche invitant les visiteurs \u00e0 quitter les lieux r\u00e9sonne un bon quart d&rsquo;heure avant la cl\u00f4ture des portes, car le terrain est vaste. J&rsquo;entends sonner et me h\u00e2te lentement vers la grille la plus proche de mes tombes familiales. A ma grande surprise elle est d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9e. Encore en confiance, je m&rsquo;\u00e9lance, mais rapidement cette fois, vers la deuxi\u00e8me sortie que je d\u00e9couvre \u00e9galement boucl\u00e9e. Saisie par l&rsquo;urgence de la situation je galope vers l&rsquo;ultime porte dont je trouve les battants herm\u00e9tiquement joints, ce qui me signifie d&rsquo;abandonner l\u00e0 toute esp\u00e9rance. Un peu d\u00e9stabilis\u00e9e, je cherche le mur le moins \u00e9lev\u00e9 et parviens, gr\u00e2ce \u00e0 une colonne fun\u00e9raire&nbsp;&nbsp;\u00e9croul\u00e9e, \u00e0&nbsp;&nbsp;me hisser sur le fa\u00eete,&nbsp;&nbsp;mais le d\u00e9nivel\u00e9, c\u00f4t\u00e9 rue, me dissuade de franchir le pas. De mon perchoir, je scrute la voie d\u00e9serte. Une voiture passe, sans me voir me dis-je, mais, \u00f4 merveille ! elle fait marche arri\u00e8re et s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 ma hauteur.&nbsp;<em>Mon petit gar\u00e7on m&rsquo;a dit : \u00ab&nbsp;Papa, il y a une dame sur le mur du cimeti\u00e8re&nbsp;\u00bb<\/em>, m&rsquo;annonce le conducteur, et il ajoute :&nbsp;<em>C&rsquo;est encore un coup de la gardienne \u00ab&nbsp;fofolle&nbsp;\u00bb. Je sais o\u00f9 la trouver, je vais chercher les clefs<\/em>. Toujours perch\u00e9e, j&rsquo;ai le sentiment de participer \u00e0 une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre.&nbsp;&nbsp;Le p\u00e8re et le fils s&rsquo;en vont, et les voisins d&rsquo;en face entrent sur sc\u00e8ne :&nbsp;<em>On vous a vue et on s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 sortir l&rsquo;\u00e9chelle. On a l&rsquo;habitude, ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois, on a m\u00eame demand\u00e9 un double des clefs \u00e0 la municipalit\u00e9, mais on n&rsquo;a jamais eu de r\u00e9ponse<\/em>. A ce stade du dialogue, revient le personnage qui a couru aux trousses de la gardienne. Il brandit le signe de sa victoire et me d\u00e9livre en me conseillant de \u00ab&nbsp;porter plainte aupr\u00e8s de la mairie&nbsp;\u00bb, ce que je n&rsquo;ai pas fait, je l&rsquo;avoue, \u00e9prouvant une certaine fascination pour Madame Cerb\u00e8re, ainsi la nommerai-je, dont le&nbsp;&nbsp;comportement rel\u00e8ve, \u00e0 premi\u00e8re vue, du \u00ab&nbsp;&nbsp;p\u00e9ch\u00e9 mignon&nbsp;\u00bb entendu au sens familier, selon le Dictionnaire Littr\u00e9, comme une \u00ab&nbsp;mauvaise habitude dont on ne veut pas se d\u00e9faire, un p\u00e9ch\u00e9 qu&rsquo;on se pla\u00eet \u00e0 commettre, et dont on ne veut pas se corriger&nbsp;\u00bb. Que la personne qui ne s&rsquo;est jamais reconnue un jour ou l&rsquo;autre&nbsp;&nbsp;dans une telle d\u00e9finition jette la premi\u00e8re pierre tombale \u00e0 Madame Cerb\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean Pontas m&rsquo;invite \u00e0 creuser plus profond, et je m&#8217;empresse d&rsquo;honorer cette invitation&nbsp;&nbsp;en pastichant (qu&rsquo;il me pardonne !) l&rsquo;essentiel de&nbsp;&nbsp;l&rsquo;anecdote selon sa m\u00e9thode et&nbsp;&nbsp;son style :&nbsp;<em>Madame C. est charg\u00e9e par la municipalit\u00e9 de son village d&rsquo;ouvrir et de fermer les portes du cimeti\u00e8re, aux heures convenues. Elle doit sonner une cloche pour avertir de la fermeture un quart d&rsquo;heure avant, afin que les visiteurs les plus \u00e9loign\u00e9s aient le temps de sortir.&nbsp;&nbsp;Or, Madame C. a pris l&rsquo;habitude de commencer par fermer les deux premi\u00e8res entr\u00e9es, puis de sonner la cloche&nbsp;&nbsp;en m\u00eame temps qu&rsquo;elle verrouille la derni\u00e8re porte, avant de s&rsquo;enfuir au plus vite, mettant ainsi r\u00e9guli\u00e8rement des personnes dans l&#8217;embarras, sinon en danger, pour les plus vuln\u00e9rables. En suivant ce mauvais penchant, p\u00e8che-t-elle gravement ou l\u00e9g\u00e8rement ?&nbsp;<\/em>Si les mots \u00ab&nbsp;p\u00e9ch\u00e9 mignon&nbsp;\u00bb ne figurent&nbsp;&nbsp;pas dans la nomenclature du canoniste, je retrouve&nbsp;&nbsp;leur exacte d\u00e9finition \u00e0 la rubrique&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp;habitude&nbsp;\u00bb, et ici, je ne pastiche plus :&nbsp;<em>Par habitude, nous entendons ce penchant, cette facilit\u00e9 qu&rsquo;on a contract\u00e9e pour le p\u00e9ch\u00e9 par la r\u00e9p\u00e9tition des actes du m\u00eame genre. On appelle habitudinaire celui qui se confesse pour la premi\u00e8re fois de quelques mauvaises habitudes. Il serait et on l&rsquo;appellerait r\u00e9cidif si, \u00e9tant averti par son confesseur de se corriger, il retombait n\u00e9anmoins dans les m\u00eames p\u00e9ch\u00e9s.&nbsp;<\/em>D\u00e9sormais je ne cesse de m&rsquo;interroger sur la cat\u00e9gorie dans laquelle ranger Madame C. : \u00ab&nbsp;fofolle&nbsp;\u00bb, l&rsquo;appellation contr\u00f4l\u00e9e que&nbsp;&nbsp;mon sauveur lui a d\u00e9cern\u00e9e me semble par trop r\u00e9duire une personnalit\u00e9 aussi complexe ; \u00ab&nbsp;habitudinaire&nbsp;\u00bb me tente, mais je ne peux me permettre d&rsquo;interroger le cur\u00e9 du village pour savoir si elle est pass\u00e9e au moins une fois aux aveux, et d&rsquo;autre part, vu sa rapidit\u00e9, elle peut partir se confesser tr\u00e8s loin ; certes, elle r\u00e9cidive, mais retomber dans son \u00ab&nbsp;p\u00e9ch\u00e9 mignon&nbsp;\u00bb n&rsquo;en fait pas une r\u00e9cidiviste au sens canonique du terme si elle ne s&rsquo;est pas confess\u00e9e. Je ne vois plus qu&rsquo;un moyen pour&nbsp;&nbsp;avoir l&rsquo;esprit en paix, utiliser la m\u00e9thode de \u00ab&nbsp;l&rsquo;arroseur arros\u00e9&nbsp;\u00bb :&nbsp;&nbsp;lui voler ses clefs, l&rsquo;enfermer avec moi dans le cimeti\u00e8re et la soumettre \u00e0 une \u00ab&nbsp;cure d&rsquo;\u00e2me&nbsp;\u00bb, pour notre d\u00e9livrance spirituelle commune. En attendant le moment favorable, je m\u00e9dite le verset 7 du chapitre 3 de l&rsquo;Apocalypse, version f\u00e9ministe :&nbsp;<em>si elle ouvre, nul ne fermera, si elle ferme, nul n&rsquo;ouvrira.&nbsp;<\/em>Et si la cause premi\u00e8re&nbsp;&nbsp;de ce p\u00e9ch\u00e9 mignon \u00e9tait tout simplement&nbsp;&nbsp;la&nbsp;&nbsp;&nbsp;griserie suscit\u00e9e par&nbsp;&nbsp;le pouvoir des clefs ? Cette ivresse n&rsquo;\u00e9pargnerait donc pas davantage les gardiennes de cimeti\u00e8re&nbsp;&nbsp;que certains successeurs de saint Pierre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Article publi\u00e9 dans la revue\u00a0<em>\u00c9tudes\u00a0<\/em>de mars 2012<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par un beau soir hivernal\u00a0\u00a0j&rsquo;entre au cimeti\u00e8re de la petite ville mara\u00eechine o\u00f9 je r\u00e9side, quelques minutes avant la fermeture. Je sais, de m\u00e9moire ancestrale, que la cloche invitant les visiteurs \u00e0 quitter les lieux r\u00e9sonne un bon quart d&rsquo;heure avant la cl\u00f4ture des portes, car le terrain est vaste. J&rsquo;entends sonner et me h\u00e2te lentement vers la grille la plus proche de mes tombes familiales. A ma grande surprise elle est d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9e. 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