Solennité de l’Immaculée conception de la Vierge Marie
1relect. : Gn 3, 9-15.20        Ps : 97, 1, 2-3ab, 3cd-4         2elect. : Ep1, 3-6.11-12      Évangile : Lc 1, 26-38

Homélie : le soupçon et la confiance


Le soupçon

L’ère du soupçon et le royaume de la confiance, voilà, chers amis, les deux facettes de notre monde, les deux facettes d’une vie ! L’ère du soupçon c’est le premier couple de l’humanité que nous présente le livre de la Genèse. Adam et Eve veulent se faire à l’égal de Dieu, ils  jouent au créateur, ils s’accusent mutuellement. L’homme accuse la femme de lui avoir fait goûter le fruit, la femme accuse le serpent. La confiance n’existe pas.

Le récit de la Genèse est un texte de sagesse, œuvre de croyants, qui se réfère à l’expérience humaine et qui tente de répondre à la question du mal.  Adam, l’homme en hébreu, est une figure patriarcale qui représente l’humanité. Il refuse de recevoir sa vie de plus grand que lui et voulant être son propre maître, il se découvre nu. Sa nudité physique n’est rien d’autre que la manifestation de sa vacuité intérieure. Le serpent lui avait promis qu’il serait  égal à Dieu “Dieu sait que, le jour où vous en mangerez [de l’arbre de la connaissance], vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal” (Gn 3,5). Ainsi dans ce récit de la Genèse, nous voyons s’affronter l’œuvre créatrice de Dieu et la volonté de l’homme, l’homme qui a peur, qui se cache, qui accuse, qui soupçonne  et nous voyons cela au sein du couple que constituent l’homme et la femme.

Le royaume de la confiance

Le psalmiste nous montre Dieu qui sauve et  qui révèle ” sa justice aux nations”. L’homme est invité à la joie, au “chant nouveau”, à des “acclamations”. Le psaume 97 est un chant de confiance.  L’amour de Dieu pour Israël sera un jour manifesté à la terre entière. Comme Dieu a libéré son peuple de l’esclavage en Egypte “par son bras très saint, par sa main puissante”, il nous délivre aujourd’hui de toutes nos servitudes et de notre péché pour nous rétablir dans l’état originel, tel qu’il était avant la chute. L’amour de Dieu pour chacun d’entre nous, pour notre monde est plus fort que le péché de l’homme  et Saint-Paul nous rappelle que Dieu a conçu  son plan d’amour pour l’humanité avant la création du monde : “Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde”

Marie, épouse de Joseph, pleinement fille de cette terre, préservée du péché originel, a dit oui au Seigneur.  Par sa réponse à l’annonce de l’ange Gabriel, elle a fait passer l’humanité de l’ère du soupçon à l’ère de la confiance. Eve avait écouté le serpent. Marie écoute l’Ange, l’envoyé de Dieu dont le message fait jaillir en notre monde ce qui est inconcevable par l’homme : l’Incarnation et par elle la rédemption. 

“Je te salue, Comblée de grâce, le Seigneur est avec toi.” En Marie nous sommes invités à contempler l’accomplissement du dessein d’amour de Dieu pour l’humanité.  Marie est le signe du renouvellement de la création.  Pour nous chrétiens, baptisés dans la mort et la résurrection  de Jésus-Christ, Marie nous précède sur le chemin de la sainteté. Elle nous ouvre la voie, éclaire le chemin, soutien notre marche. Quand Marie accueille la salutation de l’Ange, elle “est bouleversée” nous dit Luc. Bouleversée d’être celle par qui les Promesses vont s’accomplir, bouleversée aussi car elle n’ignore pas que l’enfant à venir est livré par avance pour le salut du monde : “Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin”. 

L’Annonciation renferme déjà, tout entier, le mystère de la croix. Le Oui de Marie est acceptation de sa maternité, acceptation du trouble de Joseph, acceptation de voir grandir un enfant qui “sera occupé des affaires de son Père”  (Luc 2,  49), acceptation de sa mort pour le salut du monde, entrée dans le mystère de la résurrection et dans la foi de l’Eglise naissante.

L’immaculée Conception de Marie dont le dogme fut proclamé par le bienheureux Pape Pie IX en 1854 était nécessaire à l’accomplissement de l’incarnation. Cette fête nous rappelle que nous sommes invités, nous aussi, à écouter les messages divins et pour cela à prendre le temps du silence, de l’oraison, à prendre le temps de nous exposer aux risques des appels de Dieu. La vie de Marie fut une vie donnée et, par conséquent, une vie risquée, une vie offerte à l’humanité pour son salut. Marie est femme universelle car elle a accueilli dans son sein le sauveur du monde. Voici, chers frères et sœurs, les fruits de la confiance en Dieu.