Homélie de Mgr Georges Colomb 24/11/2019


Homélie donnée à la cathédrale du Sacré Cœur, Saint-Pierre et Miquelon pour la fête du Christ-Roi

La royauté du Christ est celle attendue par Israël, celle d’un roi-pasteur

“Que la paix règne dans tes murs”, avons nous chanté avec le psalmiste. Après l’exil à Babylone, le temple détruit par Nabuchodonosor  a été reconstruit et l’on monte en pèlerinage à Jérusalem, chaque année pour la fête des tentes afin de se retremper dans la ferveur de l’alliance au cours de nombreuses célébrations. Depuis la promesse faite au roi David, on attend le roi idéal, celui qui gouvernera selon le coeur de Dieu, celui qui sera, non seulement un chef, mais un pasteur. Ce roi devra permettre à Jérusalem d’être la ville de la paix, c’est cette espérance qui habite le coeur des pèlerins, espérance qui est chantée par eux “Quelle joie quand on m’a dit : nous irons à la maison du Seigneur”. Dix siècles plus tard, le Christ inaugure le règne tant espéré par des générations de pèlerins dans la ville sainte. La préface de la messe de ce jour de fête nous donne la définition de ce règne “règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix”.

Jésus nous montre le chemin

La lettre aux Colossiens est un credo, une synthèse du mystère du Christ, image du Dieu invisible, homme parfait, l’homme tel que Dieu l’a voulu. César ne se doutait pas de la portée de sa déclaration en disant à la foule :  “Ecce home, voici l’homme”. L’homme qui sera tué par la haine des hommes. Cette haine des hommes est transformée par Dieu en instrument de réconciliation (Dieu a tout voulu réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix – Col,1-12-20). En Jésus, nous avons beaucoup plus qu’un exemple, nous avons un modèle et nous pouvons trouver dans l’histoire de l’Eglise, celle de l’humanité, des hommes qui ont prêché la paix, se sont battus pour la justice et cela leur a coûté la vie. Toutefois leur mort ne fut pas vaine, elle fut perçue comme un témoignage d’amour et de pardon, elle fut une étape sur le chemin de la paix et de la réconciliation. Jésus est le chemin pour les hommes et les femmes qui cherchent à réussir leur vie, à être des justes !

Qui est le sauveur des hommes, le Christ – Roi ?

  Les chefs du peuple en ricanant, l’un des deux malfaiteurs, disent “Si tu es le messie” ; les soldats romains se moquent de Jésus : “si tu es le roi des Juifs”. Chacun, à partir de sa propre situation, de son état, appelle Jésus, messie ou roi… Ces trois interpellations nous font penser au récit des tentations dans le désert, au début de la vie publique de Jésus ( Luc 4). Lors de ces deux étapes de la vie de Jésus, c’est la même question qui est posée, celle de son identité ; qui est Jésus ? C’est la question à laquelle Pierre répondra en disant : “tu es le messie”. Jésus est-il messie ( Sauveur, Christos en grec), est-il roi ? quel est son rôle ? Chef politique, chef religieux, roi tout puissant ?  Jésus ne répond rien à ces demandes de mettre en oeuvre son pouvoir, contrairement à l’épisode des tentations au désert au cours duquel il répondit en citant l’Ecriture : “il est écrit ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra”, ” tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui que tu adoreras”, tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu (Luc 4). Jésus répond par sa mort sur la croix parce qu’il ne correspond pas à la logique de ceux qui l’interpellent en se moquant de lui, il n’est pas le messie, il n’est pas le roi de leurs rêves, de leurs attentes ! Jésus répond au larron qui montre sa foi :”Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis”. Jésus va mourir en réconfortant le larron, en pardonnant à ses persécuteurs, comme nous le rapporte Saint-Luc dans les versets situés avant le passage d’évangile que nous venons de lire : “Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font”. En ouvrant la porte du royaume au larron qui n’est pas un enfant de choeur, Jésus nous montre deux choses :

– son trône royal est sur la croix. Par fidélité à la vérité, il répond pas sa mort aux questions sur son identité, et il répondra plus magnifiquement encore pas sa résurrection !

– comme le larron, il faut savoir, avec humilité,  faire la vérité sur soi ( ne pas se mentir à soi-même). Le larron reconnaît que sa peine, selon les lois des hommes, est juste : “pour nous, c’est juste, après ce que nous avons fait”.

Chers frères et sœurs,  la fête du Christ-Roi vient nous rappeler que lorsque nous empruntons les chemins d’humilité, lorsque nous servons la justice, la vérité, lorsque nous ne cherchons pas à plaire à l’opinion publique, aux groupes de pression, à la foule, aux sondeurs, mais à plaire à Dieu, lorsque nous cherchons à être et non à paraître, alors on se rapproche de l’image de Dieu dans l’homme que César, inconsciemment, a découverte ! Voici l’homme, l’homme universel, l’homme voulu par Dieu, à son image !

+ Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes