Homélie pour la célébration de l’ordination diaconale de Vincent, Dominique, Théophile. – cathédrale Saint-Pierre de Saintes

Ben Sirac le sage 35 – psaume 33 – Timothée 4,6-8. 16-18

En ce jour, c’est une grande joie pour nous tous d’entourer Dominique, Théophile et Vincent qui vont être ordonnés diacres permanents dans quelques instants, sans oublier leurs épouses (Carole, épouse de Vincent, Marie-Odile, épouse de Dominique), leurs familles.

Nous sommes tous, proches de vous, et plus particulièrement de vous, chers Théophile et Florence, votre courage dans l’épreuve de la maladie, votre espérance et votre foi sont un magnifique témoignage édifiant pour chacun d’entre nous. Avant d’être ordonné, cher Théophile, vous êtes déjà, accompagné de Florence, serviteur de l’Espérance, serviteur de la vie en laquelle nous croyons, cette vie bien plus forte que nos corps fragiles et éphémères, cette vie en Christ qui prend l’homme au sérieux.

Permettez-moi, chers amis, de rappeler en quelques mots ce qu’est le diaconat.

Tout d’abord, vous le savez, le diaconat permanent a été restauré par le Concile Vatican II, reprenant en cela une tradition ancienne des premiers siècles de notre Eglise. Cela avait déjà été le souhait du Concile de Trente. Ce choix des pères du Concile est un don de Dieu pour l’Eglise, même s’il faudra encore plusieurs décennies pour prendre toute la mesure de ce don, de sa richesse. Le diaconat, comme degré propre et permanent conféré à des hommes célibataires ou mariés, est un don de l’Esprit Saint pour l’Eglise. C’est un enrichissement nécessaire à la vie et à la mission de l’Eglise. Je vous rappelle au passage que ceux qui reçoivent le diaconat en vue du presbytérat, comme ce fut le cas pour Jean-Eudes, Eric et Sam, en juin et septembre dernier, reçoivent le même degré du sacrement de l’ordre.

Le diaconat constitue le premier degré du sacrement de l’ordre qui marque ontologiquement celui qui le reçoit. Ce n’est pas une institution. On ne fait pas le diacre, on est diacre. Le diacre est configuré au Christ serviteur, il est la présence sacramentelle du Christ serviteur. Pour comprendre le diaconat, il ne faut pas partir de ce que fait le diacre. Il peut faire bien des choses, très diverses selon ses charismes personnels, les besoins de la mission, les étapes de sa vie. Il faut partir de ce qu’il est : présence sacramentelle du Christ serviteur. Autrement dit, ce n’est pas quelqu’un qui serait plus serviable que les autres ou plus généreux, ou plus disponible. Quand on se situe uniquement dans le registre du faire, on se place dans des questions d’organisation du service religieux. L’Eglise n’est pas un système religieux, ce n’est pas une institution, l’Eglise est sacrement, nous dit le concile ; Elle est mystère d’amour, elle est voulue, fondée par Dieu pour le salut du monde. Il faut donc approfondir ce mystère et aller au cœur même de ce qu’est l’Eglise. Le Concile insiste beaucoup sur «l’Eglise comme sacrement du Salut, signe et moyen de l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain» (LG 1). Que c’est beau : notre Eglise, moyen de l’union intime de chaque disciple avec Dieu et toute l’humanité. Nous le vérifions une fois de plus, l’Eglise est faite pour l’univers, pour la mission. C’est pourquoi dans nos assemblées, nous devons penser et agir pour deux catégories de frères et sœurs, les Baptisés que nous ne connaissons pas, que nous ne rencontrons pas, mais qui sont majoritaires dans notre Eglise (Ce sont, comme l’a dit le pape, les 99 brebis égarées que nous ne voyons pas dans nos assemblées ! Pourquoi ?), et la foule immense de ceux qui ne sont pas encore baptisés. Pour cette double mission, chers ordinands, vous êtes aux premières loges, à l’avant-garde de l’Eglise pour la rencontre avec la société civile.

Le diacre n’est ni un super laïc, ni un sous – prêtre. C’est un diacre. La place qu’il occupe dans le chœur de l’Eglise pendant les célébrations nous le rappelle et sa place n’est nulle part ailleurs. Il manifeste au milieu de nous et du monde la figure du Christ serviteur. Il sert la communauté par la diaconie de la liturgie, de la parole et de la charité. Tous, nous sommes des serviteurs, quelles que soient les fonctions, les charges et les responsabilités qui nous sont confiées. Quel que soit le ministère qui est le nôtre, nous ne sommes que des serviteurs. Le pape, lui – même, le vicaire du Christ sur terre, est serviteur des serviteurs de Dieu. Par leur présence au milieu de nous, les diacres nous rappellent que nous devons être des serviteurs. Les textes de la Liturgie de ce dimanche nous parlent de ce service :* Serviteur de la Liturgie. « Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres » (Psaume responsorial).

Chers frères, vous devrez servir la liturgie pour éduquer l’assemblée à la véritable nature de la liturgie, en particulier l’Eucharistie. La liturgie est le lieu privilégié où Dieu parle aujourd’hui à son peuple. La Liturgie n’est pas le lieu où nous exprimons nos opinions, celui où nous expérimentons les dernières trouvailles, encore moins celui où nous nous célébrons nous-mêmes, ce ne doit pas être un lieu de pouvoir, un lieu pour se montrer et briller aux yeux des hommes. C’est l’endroit où nous rencontrons le Seigneur, où nous recevons sa parole et sa vie. La liturgie ne nous appartient pas. Elle est le bien commun de toute l’Eglise. Comme diacre, vous devrez être à son service. Vous aurez la joie de baptiser, de célébrer des mariages. Vous serez des porteurs d’amour et d’espérance.* Serviteur de la Parole de Dieu. « Le Seigneur (…) m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout » (Lettre à Timothée).

Pour cela, chers frères, je vous invite à vivre dans la familiarité avec la Parole de Dieu. Il ne suffit pas de connaître l’aspect linguistique ou exégétique, ce qui est cependant nécessaire. Il faut que la Parole entre dans vos cœurs, pénètre le fond de vos pensées et de vos sentiments, pour que vous soyez traversés par la pensée du Christ et non par celle du monde. Et, en même temps, il vous faut la proclamer aux autres. il faut que la parole de Dieu, comme la prière quotidienne de l’office, à laquelle vous allez vous engager, soit pour vous une respiration.

La laïcité est bonne en soi quand elle garantit le respect des consciences, mais ne vous laissez pas phagocyter par les excès de notre société laïque quand elle vire au laïcisme. Soyez vous même, des disciples devenus ministres de l’Eglise, soyez le pleinement, ne soyez pas des disciples missionnaires complexés ; ainsi, à votre suite, des frères et sœurs prendront le chemin de conversion qui conduit du pharisien au publicain. La conversion, c’est la réorientation totale de notre vie. Vous l’avez vécue, sinon vous ne seriez pas avec nous cet après-midi. Vous avez découvert l’humilité qui porte du fruit. Elle consiste à ne plus vouloir être au centre de sa vie, mais à laisser le Seigneur occuper cette place. Veillez pour lui laisser cette place et ne pas la reprendre !* Serviteur de la charité. « Que les pauvres m’entendent et soient en fête ! (Psaume 33).

Vous êtes invités à manifester la sollicitude du Christ serviteur à l’égard de tous, mais en particulier auprès des pauvres. Les diacres s’identifient de façon toute spéciale avec la charité.

Les pauvres constituent une de leur préoccupation quotidienne et l’objet de leur sollicitude infatigable. On ne comprendrait pas un diacre qui ne s’engagerait pas personnellement dans la solidarité envers les pauvres. Et vous savez, chers frères, qu’il y a de multiples formes de pauvreté. La plus criante est bien sûr celle que nous côtoyons dans la rue en rencontrant des gens qui sont sans logement, qui manquent du minimum vital et pourtant nous sommes dans l’un des pays dont la fiscalité est redistributive de revenus, un pays où la politique sociale n’est pas un vain mot. Les pauvretés les plus terribles sont celles qui ne se voient pas dans la rue, parce que comme les bonnes choses ne font pas de bruit, la véritable pauvreté est cachée. Ce ne sont pas ceux qui font le plus de bruit qui sont à plaindre. La pauvreté, c’est celle de ceux qui sont sans espérance, qui sont victimes de la drogue. La pauvreté, c’est celle de leurs familles qui souffrent de cet esclavage, c’est celle de ceux qui sont victimes de toutes sortes de trafic humain, pourtant inimaginables à première vue en France au XXI ème siècle. Les causes en sont nombreuses, sociologiques certes, mais la perte de l’autorité de l’état y est aussi pour quelque chose. Il faut pour ce service de la charité que vous soyez des hommes de votre pays et de votre temps capables d’observer notre société pour relever les défis d’aujourd’hui et non ceux d’hier !En peu de mots, pour entrer dans le diaconat il faut contempler le Christ serviteur : «Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude». (Mt 20, 28) Le service de Jésus atteint sa plénitude par la mort sur la croix, c’est-à-dire par le don total de soi, dans l’humilité et l’amour. «Moi, le Seigneur et le Maître, je suis au milieu de vous comme celui qui sert» (Lc 22, 27). La croix est de tous les temps et de tous les pays, si vous la contemplez, comme le fit le povero d’Assise, alors vous verrez le monde d’aujourd’hui avec l’amour de Dieu pour l’humanité.Dans l’Eglise, les ministères ordonnés sont là pour nous signifier que la mission se reçoit forcément d’un autre. La source de vie de l’Eglise, de sa vitalité, de son témoignage, se trouve dans le Christ. Le diacre n’a pas pour mission de servir des valeurs, comme on peut le faire dans une association ou une ONG humanitaire. Ce ministère ordonné, comme tous les autres ministères ordonnés, est personnel, c’est Théophile, Dominique, Vincent, qui sont appelés par le Seigneur.

Dans son humanité singulière, marquée par la grâce de l’ordination, par le don de l’esprit invoqué sur lui, le diacre est constitué “icône vivante du Christ serviteur”. Il est clair que ce sont les diacres qui sont ordonnés, et eux seuls. Cependant, chers amis, le diaconat que vous recevez personnellement aujourd’hui atteint aussi vos épouses, pas seulement, parce qu’il a fallu qu’elles donnent leur accord pour que vous soyez ordonnés, mais parce que, dans la grâce du sacrement du mariage, elles sont conduites à suivre le Seigneur d’une manière nouvelle. Seuls, vous êtes diacres, vos épouses sont mariées avec un diacre, cela donne au sacrement du mariage une saveur évangélique particulière. Avec les années, mesdames, il vous faudra accueillir ensemble la manière dont le diaconat de vos maris colore le sacrement du mariage. Il faudra expérimenter une vie conjugale remplie d’amour et faite d’une certaine distance, par respect pour la mission personnelle de vos époux – diacres et des fidèles qui se confieront à eux.

Chers Frères, au milieu de nous, soyez une figure de Jésus doux et humble de cœur. Soyez le aussi dans votre travail, pour que mystérieusement, à votre contact, nos contemporains goûtent un peu le repos évangélique.Vous allez être ordonné diacres pour toute l’Eglise. Votre ministère nous rappellera qu’elle est avant tout servante et que, par conséquent, nous devons tous être renouvelés dans le désir d’être serviteur et seulement serviteur. Le serviteur n’est pas au-dessus de son maître, il suffit qu’il soit comme son maître. Beau programme de vie avec la force que l’esprit saint vous donnera.

+Georges COLOMB, évêque de La Rochelle et Saintes