Lecture du livre de Ben Sirac le Sage 50, 1, 3-7 – PSAUME 15, 1-2, 5-6, 9a 11 – Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 6, 14-18 – Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 11, 25-30

«Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits» (Mt 11, 25). Aujourd’hui, nous aussi, chers frères et sœurs, nous rendons grâce à Dieu pour tout ce qu’il a voulu révéler à l’un de ces « tout-petits » dont nous parle l’Évangile : François, fils d’un riche commerçant d’Assise que le Seigneur a appelé à le suivre. La rencontre avec Jésus le conduisit à quitter sa situation sociale, son confort, sa famille, pour épouser « Dame Pauvreté » et vivre en vrai fils du père qui est aux cieux. Pour saint François, ce choix a consisté à se revêtir de celui qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre afin de nous enrichir par sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9). Saint François d’Assise a découvert quel’imitation du Christ pauvre passe par le service des pauvres et la vie avec eux. N’est- ce pas ce que le Saint-Père nous demande lorsqu’il nous invite à construire une Eglise pauvre ?

Quel est le message du petit pauvre d’Assise pour nous aujourd’hui ?

1) Etre chrétien c’est vivre du Christ, c’est vivre avec le Christ. Cette vie s’accomplit dans la prière, dans le silence de l’oraison, mais surtout par la conversion ; François c’est l’audace des grands départs, des grands changements, de l’abandon radical de ce qui fait une vie pour mettre ses pas dans ceux du Christ, pour le suivre sur le chemin de la vérité qui conduit à la sainteté.

D’où part la vocation de François ? Elle vient de la croix. François a regardé la croix. Il s’est aussi laissé regarder par le Christ mort par amour des hommes, mort pour le pardon de leurs péchés. Prenons le temps de nous laisser regarder par notre seigneur au moment où il donne sa vie pour nous et nous attire à Lui. François a fait cette expérience dans l’église de saint Damien, durant sa prière devant la croix. Quel est le message de la croix pour chacun d’entre nous, hier et aujourd’hui ? C’est le témoignage que la vie est plus forte que la mort parce que la vie qui vient du cœur du Christ, c’est l’amour de Dieu fait homme. Rien n’est plus fort que cette vie ! La croix, ce n’est plus l’instrument de torture qu’elle était sous l’empire romain ; la croix, c’est le signe de l’amour, de la vérité. Aucun tyran, aucun persécuteur ne pourra faire taire cet amour parce que la récompense des chrétiens, leur bonheur réside dans le don de soi-même et la croix, c’est le don sublime, total ! L’amour ne fait pas peur, il appelle !

La contemplation de la croix, le regard de Jésus fait de nous des hommes nouveaux, nos repères ne sont pas ceux de la vie mondaine, notre succès ne porte pas les mêmes noms que ceux de la société, notre bonheur ne se construit pas de la même manière. Laissons agir en nous la grâce de Dieu. C’est pourquoi François peut dire, comme saint Paul : «Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ» (Ga 6, 14).

Saint François d’Assise, donne nous le bonheur de la contemplation de notre Seigneur sur la croix, donne nous le don de lui parler et de l’écouter. Donne nous ton audace pour suivre le Christ sur les chemins nouveaux qu’il trace pour nous.

2) « La paix, oui la paix, c’est le don de Jésus », nous avons tous chanté ce refrain ; C’est ce que nous dit l’évangile de ce jour : «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos» (Mt 11, 28-29).

Ne nous trompons pas, chers amis, la paix que nous donne le Christ celle qu’il donna aux disciples quand il apparut au milieu d’eux (Jn 20, 19.20). La paix du ressuscité, ce n’est pas un compromis, ce n’est pas un « gentleman agreement », la paix du Christ a vaincu la violence, la mort, a rejeté l’injustice. La paix du Christ puise sa force dans l’amour de son père, l’amour de Dieu seul adorable. La paix du Christ c’est le refus des idolâtries et des idéologies qui déforment le cœur de l’homme.

Le message de Saint-François vécu par nos frères franciscains, nos sœurs clarisses, ce n’est pas le message écolo des bobos parisiens plus préoccupé par le sort des baleines que par celui des enfants à naître ; ce n’est pas du panthéisme, cela n’a rien à voir avec cela ! La paix dont vivent nos sœurs Clarisses, c’est le fruit d’une vie donnée chaque jour davantage par la prière, l’écoute, le conseil, le partage de la vie des plus petits, l’action, dans l’humilité et la douceur de la vie fraternelle. La paix de saint François est celle du Christ, celui qui écoute son commandement la trouve : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (cf. Jn 13, 34 ; 15, 12).

Seigneur, par l’intercession de Saint-François d’Assise, fais de nous des instruments de paix !

3) Rendons grâce à Dieu pour la nature qu’il nous confie !

«Il prit soin de son peuple pour le préserver de la ruine. Il réussit à développer la cité… Comme l’étoile du matin au milieu de la nuée, comme la lune aux jours où elle est pleine, et comme le soleil, il resplendit dans le temple de Dieu», nous rapporte le livre de Ben Sirac le sage. Oui, Seigneur, loué sois-tu pour le soleil, la lune, les étoiles, les cités, toutes tes créatures, pour la nature que tu nous as confiée. Saint François a rendu grâce pour la création en commentant le cantique des cantiques, donne nous le respect du pauvre d’Assise pour la création. Que tous nos efforts convergent pour qu’elle soit belle, non polluée, que les générations futures puissent rendre grâce pour l’héritage naturel qu’elles recevront si nous savons préserver et protéger ce don de Dieu «La part qui me revient fait mes délices ;

J’ai même le plus bel héritage». Le plus précieux des cadeaux de Dieu, c’est la création confiée à l’homme pour qu’il la domine, c’est-à-dire qu’il la mette au service du bien. Qu’est ce que le bien aujourd’hui encore plus qu’hier compte tenu de l’évolution démographique de la planète ? C’est que tous les efforts de l’homme, son génie, son travail, ses efforts, soient au service de ceux qui luttent pour qu’il n’y ait plus de malnutrition, de famine, de trafic des hommes les plus faibles, les plus pauvres. L’occident se pose des questions de riche avant d’avoir répondu au défi de la pauvreté qui fait mourir de nombreux hommes !

Apprends-nous, Seigneur à respecter la nature, à la servir au lieu de nous en servir, à admirer sa beauté. Elle ne nous appartient pas, tu nous la confies comme un dépôt à entretenir, à faire fructifier et grandir dans le respect de la loi naturelle. Donne nous la sagesse et la patience des cultivateurs !

+Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes – 04 octobre 2019