Homélie du dimanche 26 août à l’occasion du pèlerinage à Notre Dame du Platin

Publié le 26 mai 2018

Pèlerinage à ND du Platin, Notre Dame des Aviateurs

Homélie

Chers Frères et Soeurs, Chers pèlerins,

Soyez les bienvenus en ce jour où vous participez au traditionnel pèlerinage de ND du Platin. Et vous, chers Pèlerins qui venez pour la première fois, permettez moi de vous faire une petite présentation de cette magnifique chapelle appelée également Notre Dame des Aviateurs. En effet, «Conçue à l’origine comme simple lieu de culte pour les résidents du quartier du Platin, la chapelle est dédiée aux aviateurs en 1909, année qui voit la traversée de la Manche par Louis Blériot. Elle est le cadre d’un pèlerinage depuis 1919. La chapelle Notre-Dame-du-Platin est érigée en 1904 par l’industriel Joseph Odelin afin de servir de lieu de culte aux habitants du quartier du Platin, alors

en pleine expansion. Rapidement devenue trop exigüe, elle est agrandie en 1909. Notre-Dame du Platin est consacrée sainte-patronne des aviateurs cette même année, en hommage à la traversée de la Manche par Louis Blériot. Elle devient par la suite l’objet d’un pèlerinage, en vigueur depuis 1919.Endommagée en 1945 par les bombardements alliés, elle est reconstruite peu après. Comme vous pourrez le voir, le sanctuaire est composé d’une nef simple, longue de quatre travées, précédée d’un portail néo-gothique lui-même surmonté d’une flèche. À L’intérieur abrite depuis 1919 une statue représentant Notre Dame des

Aviateurs, exécutée par le sculpteur Jampolsky. Celle-ci a été détruite lors des bombardements de 1945, et sa réplique en plâtre installée après la guerre a été saccagée par des vandales en 2003. Une nouvelle statue a été placée en 2009. Un triptyque, oeuvre de l’artiste Rosa Skop, réalisé en 1996, se trouve également dans la chapelle ».

Nous voyons donc que ce lieu a subi au cours de l’histoire, différentes crises et épreuves et qu’il a fallu prendre des décisions et poser des choix. Mais ce sont ces crises et épreuves, certes difficiles, qui nous permettent aujourd’hui encore d’être réunis. Ces différentes crises subies sont d’une certaine manière, éclairées à la lumière des lectures que nous venons de proclamer :

– la première lecture et l’évangile que nous venons d’entendre nous décrivent une situation de crise où il faut poser des choix. Nous savons que chaque personne se révèle en vérité lors d’une mise à l’épreuve, d’une crise. Avant d’avoir traversé celle-ci, d’une certaine manière, on s’ignore, on ne se connaît pas vraiment. C’est en passant par les épreuves que l’on apprend à se connaître. L’épreuve est le lieu de la connaissance de soi, de ses faiblesses et de ses forces. Jésus connaît bien cette réalité humaine, c’est pourquoi il ne redoute pas l’épreuve pour ceux qui prétendent le suivre.

– d’une manière moins évidente, la seconde lecture, extraite de l’épître de St Paul aux Ephésiens, illustre aussi une situation de crise. On n’y découvre la profondeur de la vocation conjugale. Chers époux et épouses qui êtes ici présents, Saint Paul vous parle particulièrement aujourd’hui : Ces paroles vous sont offertes à vous ! Recevez le cadeau de Saint Paul avec foi et confiance ! En effet, si dans sa description du couple Saint Paul semble promouvoir une inégalité entre la femme et l’homme, ce n’est pas pour maintenir la femme sous une domination : Cette lettre de Saint Paul offre aux couples chrétiens la compréhension qu’ils sont l’image du Christ et de l’Eglise. Or ce rapport du Christ et de l’Eglise est inégalitaire, c’est le Christ qui donne la vie, le salut aux hommes qui constituent son Eglise. De plus, le contexte culturel dans lequel écrit Saint Paul l’amène à faire un parallèle presque naturellement entre cette inégalité spirituelle et celle de l’homme et de la femme à l’époque antique. Ce que veut signifier Paul aux chrétiens qui sont mariés, ce n’est pas que cette inégalité est normale, mais que l’union de l’homme et de la femme est l’image de l’amour du Christ pour l’humanité. Ainsi, les couples chrétiens sont invités à passer de l’amour purement humain à l’amour humain assumé dans une vie de foi. Ce passage est la pleine réalisation de leur propre vocation. Les couples chrétiens ne réaliseront leur vocation conjugale qu’en devenant l’un pour l’autre image du Christ, c’est-à-dire en aimant son conjoint comme le Christ nous a aimés. Et cela n’est possible qu’en abandonnant une manière exclusivement humaine d’aimer pour s’ouvrir à l’amour qui a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint.

En effet, l’esprit du Seigneur habite déjà en notre coeur, l’esprit saint est l’amour du père et du fils et nous l’avons reçu à notre baptême, don renouvelé à la Confirmation. C’est lui qui nous donne de savoir aimer en vérité, c’est-à-dire de nous donner sans réserve et d’accueillir l’autre sans condition. Dans le «je t’aime» entre époux, dans notre désir d’aimer, il y a déjà une présence mystérieuse de Dieu qui fonde notre amour humain dans son amour divin. L’esprit saint en nos coeurs devient en nous, si on s’ouvre à lui, comme un éducateur de notre amour. Il enracine notre amour dans un amour toujours plus grand, il nous fait comprendre ce qu’est aimer et comment aimer. L’esprit du Seigneur présent en nous peut transformer notre amour, qui est limité, dans l’amour immense de Dieu. C’est pourquoi l’Eglise croit à la possibilité de l’amour conjugal unique, fidèle, et fécond à l’image même de Dieu. Car l’esprit saint uni à notre esprit peut nous permettre d’aller infiniment au-delà de ce que nous pouvons concevoir de l’amour. Peu à peu, notre amour humain est conduit et transformé pour participer à l’amour même du Christ pour l’humanité, et par cette plénitude de l’amour du Christ, nous devenons participants de l’amour de Dieu.

Nous découvrons alors qu’un mystère nous habite, qu’il y a en chacun de nous quelque chose de plus grand que nous. Quand les époux échangent entre eux, quand ils se pardonnent, même quand ils se donnent l’un à l’autre charnellement, leur amour n’est plus simplement le leur, il est l’oeuvre de Dieu et participation à l’amour de Dieu. En Jésus-Christ, Dieu nous a adressé une parole, il nous a pardonné, il s’est donné à nous comme l’époux de l’humanité. Il y a une véritable similitude entre la vie de Jésus, telle que nous la livrent les évangiles, et l’amour conjugal. Jésus nous apprend à dialoguer, à pardonner, à donner notre vie et à porter du fruit. C’est pourquoi le couple est sacrement du Christ et de l’Eglise, car, dans sa perfection, l’amour conjugal met en lumière l’amour du Christ pour tout homme, pas par des discours, mais dans la vie quotidienne.

Pour durer, sans simplement se supporter, en s’aimant véritablement, le couple chrétien apprend à entrer dans ce chemin de l’amour oblatif. Si ce passage ne se fait pas, les époux pourront se dire, comme le Christ dans l’évangile, «toi aussi tu veux me quitter ?». Il est important, il est vital que la crise se déclare, que le malentendu ne couve pas sous la cendre, mais éclate au grand jour. Les époux, comme le Christ dans l’évangile, pourront poser la question essentielle : «de quel amour m’aimes-tu ?». Ainsi chacun est amené à reconnaître ce qu’il a reçu de Dieu, ou ce qu’il ne veut pas recevoir. Prise de conscience, douloureuse parfois, mais qui ne peut être éludée. Dans la vie conjugale, comme dans la vie chrétienne d’une manière générale, Jésus ne cherche à retenir personne, il ne force aucune liberté. Au contraire, ses plus proches disciples, il les délie de tout ce qui aurait pu, à leur insu, les river à sa personne. Ainsi Jésus dans l’évangile pose la question de l’amour qui nous amène à nous donner entièrement, Jésus pose la question de la fidélité pour que les disciples s’engagent en toute liberté sur ce chemin du don de soi. Pour rentrer sur ce chemin, nous devons découvrir la vérité de la réponse de Saint Pierre à Jésus : « Seigneur, vers qui pouvons-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Pour entrer et durer sur le chemin de l’amour offert et reçu, nous devons découvrir que ce chemin est pour nous le vrai chemin de la vie en plénitude. Qu’en fin de compte, ce qui nous paraît difficile est pour nous le chemin de l’apprentissage de l’amour véritable. Si nous refusions d’entrer, finalement nous serions les plus grands perdants en ne découvrant pas la grandeur et la profondeur de l’amour véritable. Mais comment pouvons-nous savoir que nous pouvons participer à cet amour du Christ ? Nous en sommes tous trop loin pour y accéder de nous-même. Jésus nous le dit dans les Évangiles : C’est moi qui vous ai choisis et établis dans cet amour de Dieu. Ce n’est donc pas nous qui avons choisi de participer à l’amour de Dieu, mais nous découvrons ce cadeau de Dieu en nous, c’est-à-dire cette capacité en nous d’aimer et d’être aimé. Capacité qui nous rend plus heureux quand nous la mettons en oeuvre. Et c’est pour cela que l’amour peut-être un commandement. Le Christ nous demande de mettre en oeuvre ce qu’il nous a déjà donné de pouvoir faire et ce qui nous rend heureux. Le Seigneur nous donne le commandement de l’amour qui est la voie de notre réussite humaine. Nous aimons et cela nous réussit, nous sommes plus heureux en aimant, nous portons du fruit et un fruit qui demeure toujours. Ainsi, les crises mettent en lumière, non l’impossibilité de l’amour, mais l’origine divine de l’amour. Quand aimer devient difficile, il nous faut nous tourner vers Jésus.

Notre Dame du Platin, Notre Dame des Aviateurs, nous vous confions particulièrement aujourd’hui toutes les familles qui accourent vers vous, tous les couples qui subissent des crises causées par différents facteurs. Nous venons vous implorer : venez en aide à toutes les familles qui sont déchirées par la violence, la guerre, les disparitions et les conflits. Protégez nos familles de France et du Monde ! Que nos familles soient des lieux où nous rencontrons Jésus ! Marie, nous vous supplions : guidez nous sur le chemin de Celui qui est Amour. Et parfois quand nous doutons, alors affermissez notre foi et notre Confiance, pour dire au Seigneur : «Seigneur, à qui irions nous ? Tu as les paroles de la Vie éternelle! ». Amen!