Extraits de l’homélie donnée par Mgr Colomb au pardon de Ste Anne à Romagné, diocèse de Rennes, le 29 juillet.

Publié le 8 juin 2018

Sainte Anne et Joachim ici à Romagné nous donnent rendez-vous pour que nous puissions prendre conscience de l’importance de transmettre ce que nous avons reçu aux jeunes générations, et cela, dans un monde sur-médiatisé où les jeunes entendent tout et le contraire de tout. De plus, dans le domaine religieux ils ont devant eux un grand marché et s’ils n’ont pas rencontré le Christ,  ils pourront se dire que tel catéchisme vaut bien tel autre et ainsi, ils seront amenés à relativiser beaucoup de choses, comme le craignait le pape émérite Benoît XVI.

Au début de cette célébration demandons humblement pardon au Seigneur pour ces manques que nous pouvons avoir dans la transmission de ce qui nous est le plus cher. En entrant dans cette petite chapelle j’ai vu deux colombes au fond de l’église, dont l’une  porte un rameau d’olivier. Le Père Roussel m’a expliqué que Ste Anne est apparue 20 ans avant l’apparition de Sainte Anne d’Auray. Elle est apparue à un gouverneur de Fougères qui allait rencontrer le roi Henri IV avant l’Edit de Nantes. Elle est par conséquent apparue ici comme porteuse de paix. Et bien demandons pardon au Seigneur de n’être pas toujours des porteurs de paix.

HOMÉLIE

“On mangera et il en restera”. Où Elisée puise-t-il son audace ? Le psaume que nous avons lu  nous le rappelle “le Seigneur est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité”. Elisée puise cette force, cette liberté dans sa foi en Dieu et nous devons nous aussi avoir conscience de cette liberté qui nous est donnée et qu’il ne faut pas laisser dans un tiroir  pour que d’autres s’en servent à notre place, cette liberté des enfants de Dieu. Bien sûr, nous sommes heureux de vivre dans un pays comme le nôtre, la France que nous aimons et où nous sommes des Hommes libres de par  la Constitution, de par nos lois, de par nos règlements mais n’allons pas nous imaginer que nous sommes des hommes entièrement libres à cause de cela. La liberté n’est pas seulement le fruit des lois et des Constitutions. On est quand même mieux en France qu’en Corée du Nord, c’est bien évident mais cela ne suffit pas. La liberté c’est celle parfois de ceux qui sont en prison. J’ai eu la chance en Chine de rencontrer des prêtres qui ont passé 24 ans en camps de travail, travaillant dans des mines d’étain à la frontière entre la Chine et le Vietnam, la ville de Godjo. Et bien ces gens-là étaient des hommes libres. L’un d’entre eux refusa l’épiscopat que lui proposait le gouvernement comme le firent de nombreux prêtres pendant la Révolution Française. Il refusa l’épiscopat car il voulait rester fidèle à sa foi, fidèle à Rome, fidèle à l’Eglise. C’est ça la liberté. et ça se paie. ça a du prix. Alors honorons la liberté que nous avons. Honorons les lois qui nous sont données pour faire un bon usage de la liberté, à la suite de ces Hommes de Dieu comme le prophète Elisée et comme Paul. Les miracles accomplis par Elisée que nous rapporte le Livre des Rois, que nous n’avons pas lu ce matin, correspond bien sûr à un vrai besoin de cette époque là. Guérir les malades, guérir les handicaps, accompagner les défunts, essayer de lutter contre la famine, le prophète agit librement. Il est reconnu par le peuple comme un Homme de Dieu. Il a une légitimité qui ne lui vient pas du titre mais qui vient de son témoignage de foi.

Nous sommes un bon groupe ce matin, tous les bancs sont occupés mais par rapport à la population de ces paroisses qui nous environnent et le peu des touristes qui sont ici c’est un petit pourcentage. Je ne dis pas cela pour être un oiseau de mauvais augure mais tout simplement parce que c’est la vérité et que par conséquent il nous appartient vraiment de transmettre le trésor de la foi et aujourd’hui je pense que l’une des grandes pauvretés est celle-là. Saint-Paul vient aussi à la suite d’Elisée nous montrer l’exemple d’une grande liberté bien qu’il soit en prison, tout ne va pas bien parmi les chrétiens de sa communauté. La lettre qu’il écrit nous le montre, les causes de discordes ne manquent pas entre juifs et païens, il y a même des risques d’hérésie. Mais Paul insiste sur l’unité, une seule espérance dit-il, un seul corps, un seul esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Prenons-en bonne note quelles que soient parfois les nuances, parfois même plus que des nuances qu’il peut y avoir dans notre Eglise catholique. Restons fidèles à Rome, restons entre nous. Ce qui permet d’ailleurs le débat, ce qui permet de se rencontrer, ce qui permet de s’aimer comme des frères et sœurs. Et essayons lorsque c’est le cas, de nous réconcilier, il n’est jamais trop tard. L’unité est un trésor précieux qui se construit chaque jour par le dialogue et par la vérité. Le dialogue dans la Vérité. Alors Paul fait des recommandations qui peuvent nous apparaître d’ordre moral, en fait, il veut attirer notre attention sur ce qui est essentiel  “il n’y a qu’un seul baptême, qu’un seul Dieu qui est le Père de tous.”

Il faut garder l’Unité si nous savons que l’Esprit Saint est avec nous, c’est lui qui forge, c’est lui qui cimente le bâtiment et qui lui permet de tenir debout. Alors interrogeons-nous aujourd’hui : quelle est notre liberté dans cette société qui est la nôtre? Est-ce que nous sommes des hommes vraiment libres ou est-ce que nous sommes sensibles aux sondages, à l’apparence, à la réputation, aux qu’en dira-t-on, à tout ce  je ne sais quoi. Demandons au Seigneur la grâce d’être des Hommes libres et d’être des Hommes fidèles à l’Eglise et à la Parole de Dieu. Mais, tout ce que vit Élisée, tout ce que vit Saint-Paul, et ce que vit le Seigneur dans l’Évangile qui nous est rapporté, se fait dans une grande effervescence. En effet, Jésus qui guérit les malades, Jésus qui accomplit des miracles, impressionne cette foule qui le suit.

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+ Georges Colomb
Évêque de La Rochelle et Saintes