Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 16 septembre à Mirambeau – célébration du sacrement de la confirmation.

17 Sep 2018

Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 16 septembre à Mirambeau – célébration du sacrement de la confirmation.

 
Chers Jeunes,
aujourd’hui même, en ce jour où vous allez recevoir l’esprit Saint, le Seigneur vous pose, au plus profond de vous même une question : pour vous, qui suis-je?». C’est une question peut-être même la question que nous ne cessons de poser. Le petit enfant semble interroger de ses yeux tous ceux qui viennent aux pieds de son berceau : pour vous qui suis-je ? Et on répond mal : il a les yeux de son père et le nez de sa mère. Mais ça ne répond pas à la question. Alors, enfant continue d’interroger : pour vous qui suis-je ? Et la réponse tombe, projection de nos désirs : il sera dentiste comme sa mère, ingénieur comme son père. Et la question continue tout au long de la vie, de notre vie. Nous cherchons à savoir qui nous sommes. Les mauvaises réponses aussi continuent, elles ne font qu’exprimer ce que nous avons saisi de l’autre : il est ceci, il est cela. On répond par la fonction, par un trait de caractère, par une caractéristique physique. Et du coup celui à qui s’adresse la réponse cherche à correspondre à ce que nous disons de lui en bien. En fait ce genre de réponse enferme l’autre et tombe toujours à côté. Il n’y a qu’une seule vraie réponse et c’est celle de Pierre, c’est celle-ci : tu es le Christ, c’est-à-dire littéralement : tu es quelqu’un qui est oint, tu es le Saint de Dieu, tu es consacré par l’onction parce que tu es aimé de Dieu. Tu es vraiment fils de Dieu. Chers jeunes, voilà ce que vous êtes ! Voilà votre vocation ! Voilà votre libération aussi ! Vous avez de la valeur aux yeux de Dieu qui ne vous abandonnera jamais, vous avez votre place dans votre Eglise.
Ouvrir les yeux de ceux que nous rencontrons sur leur véritable dignité, celle de prêtre de prophète et de roi, celle de fils de Dieu. Voilà en quelque sorte la mission qui nous est confiée à nous qui sommes parents, catéchistes, communauté religieuse, communauté paroissiale, ou nous qui sommes baptisés tout simplement, mais surtout à vous, chers jeunes, qui allez  être dans quelques minutes confirmés : ouvrez les yeux de vos frères sur la beauté de votre vie de Baptisé confirmé !  Révéler à chacun qu’il est né de Dieu, et qu’il est fait pour ce Dieu qui a aimé le monde au point de donner son fils pour que, par lui, le monde ait la vie. Révéler à chacun sa vocation à vivre une vie belle et grande sous le souffle de l’esprit saint. Pour cela, il faut que nous orientons le regard et le questionnement, non pas vers nous, mais vers le Seigneur. C’est lui qui nous a tissés dès le sein de notre mère. C’est lui qui nous appelle dès le sein maternel et qui prononce notre nom. Dans les entrailles de ma mère, il m’a dit : tu es mon serviteur, Israël, toi en qui je me glorifierai. Dans sa lettre, l’un d’entre vous m’a écrit qu’après avoir parlé avec une moniale de l’abbaye de Maumont, il s’est dit en lui même :
« Vas – y , fonce , suis le Christ ! Pourquoi attendre ? ».
Je vous engage donc à oser poser cette question à Dieu, chaque jour dans votre prière : pour toi, Seigneur, qui suis-je ? Mais pour que nous puissions poser cette question de notre identité profonde à ceux que nous rencontrons et que nous puissions nous la poser à nous-mêmes, il faut répondre à cette autre question, au moins aussi vitale, celle que Jésus pose à ses disciples, celle qu’il nous pose aujourd’hui. Pour vous, pour toi, qui suis-je ? C’est à cette condition que le Seigneur pourra répondre à notre propre questionnement.
L’évangéliste Matthieu nous révèle que c’est lorsque Pierre a dit: Tu es le Christ que Jésus a pu lui dire : tu es Pierre. Alors, frères et soeurs, écoutons le Seigneur nous la poser cette question. Et demandons-nous quelle réponse nous allons vouloir y apporter.
Il y en a trois :
– la première réponse, c’est : je ne te connais pas ! C’est le rejet ou l’indifférence pratique. Dieu n’existe pas ou alors il est tellement lointain qu’il ne peut avoir aucune place dans ma vie. J’ai peut-être bien reçu une bible un jour mais ne l’ai jamais ouverte ou je ne l’ouvre plus ? Attention ! Cela ne concerne pas uniquement ceux qui ne vont pas à la messe : N’y a-t-il pas trop souvent des pans entiers de notre vie qui ne connaissent pas le Seigneur ?
– la seconde réponse, c’est de dire: Seigneur tu as une place dans ma vie, peut-être même une place importante. Je paye le denier de l’Eglise, je vais à la messe, je vais même me confesser. C’est qu’on aime bien se réjouir auprès du Seigneur. C’est agréable, mais à petites doses. Le Seigneur fait partie du décor, ce décor que nous agençons et dont on est le maître. Mais voilà, un décor ça n’est pas vivant. Et ça peut même  se charger de poussière ? Vous savez comme cet oratoire dans une chambre ou ce crucifix sur un mur ! Ils font tellement partie du décor qu’on finit par les oublier. Et pourquoi agissons-nous ainsi ? Peut-être parce qu’on a un peu peur de se laisser prendre par Dieu. Ne va-t-il pas trop me demander ? Ne vais-je pas y perdre ? Oui, mais qui veut sauver sa vie la perdra ?
– La troisième réponse c’est : « tu es toute ma vie ». C’est la réponse de l’amoureux, de celui qui a rencontré, non pas une doctrine ou des règles, mais une personne : le Christ, le Fils du Dieu vivant. Et c’est la réponse qui nous rend vraiment heureux. Je ne veux pas dire qu’elle vient supprimer les difficultés et les incompréhensions. Elle ne vient même pas supprimer le péché. Saint Pierre a dit : Tu es le Christ. Il est pourtant resté Simon Pierre avec sa générosité et sa lâcheté. Mais sa réponse l’a ouvert au don infini de l’amour de Dieu, un don qui a peu à peu dilaté son coeur. Et c’est ainsi que Pierre est devenu ce qu’il aspirait, en fait, à devenir : un fils de Dieu. Oui, frères et soeurs, plus nous sommes à Dieu, plus nous sommes nous-mêmes ! Ne l’oubliez pas, chers Jeunes qui allez être confirmés ! Plus vous êtes à Dieu, plus vous êtes vous-mêmes !
 
En célébrant aujourd’hui votre confirmation, je vais poser un signe : le don de l’esprit saint qui achève et qui accomplit la nouveauté commencée au baptême, jour où vous êtes entrés dans une nouvelle étape de votre vie : un monde nouveau, qui est toujours immergé dans le monde ancien, celui du vieux monde. Mais par le don de la vie du Christ, nous vivons dans ce monde ancien en sachant qu’il ne durera pas toujours et qu’il sera remplacé par le monde nouveau que le Christ est venu inaugurer. Ce baptême que vous avez déjà reçu vous a fait entrer dans ce monde nouveau, mais il n’a pas achevé toutes ses possibilités, c’est pourquoi vous êtes confirmé aujourd’hui.
 
En recevant l’esprit saint, vous devenez pleinement membres du corps du Christ ressuscité, vous recevez votre place dans l’Eglise, vous aurez une mission, vous devenez avec les apôtres qui ont reçu l’esprit à la Pentecôte, témoins de Jésus en ce monde. Cet esprit construit, développe et fait fructifier le corps de l’Église. Chacune et chacun d’entre nous a des missions différentes dans l’Église. Chacune et chacun d’entre nous a des obligations différentes dans sa vie. Chacune et chacun d’entre nous est appelé à rendre témoignage au Christ dans des situations qui ne sont pas toujours comparables. Mais n’oublions pas que c’est le même esprit qui habite nos coeurs et qui nous pousse à devenir témoins du Christ dans toutes ces situations. Ainsi, par toutes sortes de moyens différents, selon notre état de vie, selon ce que nous sommes, selon les dons que Dieu nous a faits, selon les appels que nous percevons à travers toutes sortes de relations que nous vivons, l’esprit construit le monde nouveau dont nous sommes comme la promesse et les avant-gardes. Frères et soeurs, mettez en pratique l’appel que Dieu vous adresse aujourd’hui en étant remplis de l’esprit saint !
 
Prenons quelques instants de silence, prions pour celles et ceux qui vont être confirmés et demandons au Seigneur qu’il renouvelle, en chacune et chacun d’entre nous, la puissance de son esprit. Ainsi soit-il !
 

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