Un projet diocésain pour l’enseignement catholique

Publié le 16 février 2015

Le projet diocésain de l’enseignement catholique a été promulgué le vendredi 30 janvier 2015 au palais des congrès de Rochefort par Mgr Bernard Housset, évêque de La Rochelle et Saintes.

Ce texte réaffirme l’identité de l’enseignement catholique en Charente-Maritime en mettant l’accent sur le sens évangélique de la personne humaine, et l’intérêt d’une éducation intégrale des jeunes dans leur dimension intellectuelle, physique, relationnelle, affective et spirituelle.

Il rappelle les principes d’une école « au service du projet de Dieu », « attachée à la dignité de tous par la promotion de l’humain », « attentive aux pauvres et aux faibles par le partage et la solidarité », et désireuse de « faire grandir par le courage et l’audace ».

Ce texte est le fruit de plus de deux ans de travaux réalisés dans la concertation avec les établissements scolaires catholiques de Charente-Maritime.

Texte à télécharger ici

Infos : http://www.ec-poitou-charentes.fr/

Découvrez l’intervention de Mgr Housset sur RCF 17 :

 

Nous publions ci-dessous le discours de Mgr Housset prononcé le jour de la promulgation du projet :

PROMULGATION DU PROJET DIOCÉSAIN DE L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE DE LA ROCHELLE ET SAINTES

La promulgation de ce projet diocésain constitue une étape importante pour notre Enseignement catholique. Ce texte très riche a été longuement élaboré entre les divers partenaires de nos établissements. Je remercie tous ceux et celles qui ont contribué à sa rédaction.

S’il me fallait résumer ce texte en 3 mots ou en  3 réalités, je dirais :

– Confiance: le mot revient à plusieurs reprises. Confiance, évidemment sans naïveté. En chacun: élèves, enseignants, éducateurs, personnel et membres de l’OGEC, parents d’élèves et tous les autres partenaires de l’Enseignement catholique.

Confiance basée sur celle que Dieu porte à chacun d’entre nous.

Le Dieu qui s’est révélé en Jésus Christ, estime toutes personnes et il est très important que nous nous appuyons sur cette estime de Dieu pour progresser dans l’estime de nous mêmes.

Je me souviens d’un enseignant public que j’ai baptisé il y a quelques années, il me disait : je ne regarde plus les élèves de la même manière depuis que je crois que chacun est estimé de Dieu. C’est une conviction essentielle pour les chrétiens. Comment dans le fonctionnement quotidien de nos établissements sommes-nous attentifs à cette confiance et la développons-nous ?

– Fraternité: Certes ce mot ne figure pas dans le texte mais cette réalité traverse toutes les pages. C’est un élément de la devise républicaine mais son origine est chrétienne. Si nous avons le même Père, nous sommes invités comme fils à devenir frères. Comment nos établissements sont-ils des lieux de fraternité, d’éveil à la fraternité et de développement de la fraternité

– Evangile: La Parole de Dieu est pour nous un dynamisme permanent de renouvellement grâce à la vitalité du Christ ressuscité. La foi au Christ est une source, et pas simplement un réservoir, un répertoire de valeurs morales. Ce n’est pas à partir des valeurs que nous situons notre différence car l’enseignement public a aussi ses valeurs. C’est à partir de la personne du Christ qui pour nous n’est pas simplement un personnage qui aurait fait son temps mais quelqu’un de vivant et agissant aujourd’hui.

Comment les chrétiens présents dans nos établissements témoignent-ils de leur relation au Christ ?

Dans le contexte actuel de notre société, dans notre Eglise, nous avons à relever cinq défis ou difficultés

– Le numérique: depuis 1983 qu’existe internet, il transforme beaucoup de réalités humaines, de relations sociales et il modifie inévitablement nos pédagogies.

Fourastié, dans un de ses livres, note que 20 ans après l’apparition de l’imprimerie, vers 1480, les professeurs de Sorbonne se sont lancés dans une grande grève sous prétexte que le développement du livre allait apporter la fin de la culture. Ils s’étaient rendu compte en effet que les élèves pouvaient se procurer par les livres des informations  que jusque là ils étaient les seuls à pouvoir apporter. L’histoire a montré que ce nouveau média qui est le livre n’a pas supprimé les anciens médias,  au contraire il a fait progresser la culture chez beaucoup. Avec réalisme et sagacité, prenons en compte le développement du numérique pour permettre une croissance de nos élèves et de nous mêmes.

– Nous sommes dans une société pluraliste, inter-culturelle, et inter-religieuse. Ce n’est pas une situation nouvelle pour l’Eglise puisqu’elle a vécu ainsi durant les 4 premiers siècles de sa longue histoire et cette situation n’a pas empêché son développement.

Tout se dit et son contraire : comment éduquons nous à une véritable liberté, à une véritableresponsabilité et à un véritable discernement de ce qui est humanisant ou non dans cette masse d’informations ?

– La Marchandisation. C’est vrai qu’il ne faut pas confondre l’économie de marché et la loi du marché qui malheureusement s’étend à la plupart des domaines de la vie et de la mort. Tout s’achète et tout se vend. Ce qui est gratuit parait sans valeur. Comment éduquer à la gratuité? Comment faire découvrir que la vie, l’amour sont d’abord reçus? Comment former des jeunes à entrer avec Dieu, non plus dans une relation d’utilité mais dans une relation de gratuité?

– Puisque nous sommes dans une société Inter-religieuse, n’est-ce-pas une des vocationsde l’Enseignement catholique d’éduquer à la rencontre, au dialogue inter-religieux et inter-spiritualités ? Spécialement avec les musulmans présents dans nos établissements mais aussi avec tous ceux qui se reconnaissent athés et agnostiques et également leurs spiritualités.

Comment approfondir ce chemin de foi ou de recherche spirituelle, sans verser dans une crispation identitaire ? Nous savons que cette tentation n’est pas que verbale.

– Le défi de l’autorité: Au sens fort, c’est ce qui fait grandir. Elle est donc nécessaire mais se heurte à des nouveautés. Chacun a pris conscience de son autonomie. Des parents – je sais que certains sont présents dans l’assistance – ont tendance à idéaliser leur enfant et à s’opposer aux décisions des enseignants ou des équipes de direction. Il est important de bien être au clair sur la nécessité de l’autorité à tous les niveaux, sans verser dans l’autoritarisme. Comme le Christ a exercé son autorité, celle-ci doit se faire dans le sens du service pour le bien des personnes qui sont confiées à celui ou celle qui exerce sa responsabilité d’autorité.

Je termine par l’envoi en Mission, ce qui relève de ma responsabilité.

Je vous invite à éduquer, en pensant que l’éducation  c’est « l’obligation de l’avenir ». C’est une expression du philosophe allemand  Hans Jonas. Cette formule parait paradoxale : comment avoir une obligation par rapport à ce qui n’existe pas encore ? Précisément c’est notre responsabilité que de le faire advenir. Nous ne devons pas vouloir maintenir à tout prix un passé qui nous échappe, nous devons nous ouvrir à l’avenir. Notre diocèse, depuis un an, s’est donné la perspective « diocèse 2023 ». Certes l’Eglise dépend d’abord de l’Esprit Saint mais celui-ci passe par nous et il nous invite à prendre nos responsabilités pour préparer cette Eglise de  2023.

Eduquer, nous croyons que nous le faisons aussi en réponse à l’appel du Christ. Celui-ci nous invite à nous humaniser et à humaniser les autres dans le sens de l’Evangile. Car nous sommes persuadés que c’est  le meilleur chemin pour que l’homme parvienne à sa plénitude.

Continuez votre belle mission. Je suis fier de notre Enseignement catholique diocésain et j’en rends grâce au Seigneur.

+ Bernard HOUSSET,
Evêque de La Rochelle et Saintes
30 janvier 2015