“Le cœur de notre frère, Jean Billaud, a battu pour la France” (homélie de Mgr Colomb)

Publié le 24 septembre 2020

“Oui, commandant Billaud, votre vie fut une parcelle de gloire, la gloire de la croix, la gloire de la France !”, a déclaré Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes, lors de son homélie pour la messe de funérailles du commandant Jean Billaud, le 22 septembre 2020, en la cathédrale Saint-Louis à La Rochelle. Citoyen d’honneur de La Rochelle, ancien aviateur et proche de du général De Gaulle, Jean Billaud s’est éteint à l’âge de 98 ans.

1 Jean 3, 14.16.20. Psaume 4 Matthieu 5, 1-12

L’amour, c’est le passage de la mort à la vie, Saint Jean vient de nous le rappeler ; cette vie, à la suite du Christ, ne saurait se satisfaire de la médiocrité, du compromis, de la compromission. Le bonheur promis par le Seigneur, n’est pas un bonheur facile, fait de mièvrerie, ce n’est pas un bonheur qui s’achète, c’est un bonheur qui se gagne, qui se mérite ! Ce bonheur est le fruit du don de soi.

Comme le Christ a donné sa vie, nous sommes appelés à donner notre vie pour nos frères. L’évangéliste Matthieu nous rapporte le message des béatitudes et nous propose un chemin de bonheur plutôt provoquant et paradoxal. Sont heureux ceux qui ont une âme de pauvre, les doux, les affligés, les affamés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, les persécutés pour la justice, ceux qui sont persécutés parce qu’ils prononcent le nom de Jésus. Le bonheur est réservé à ceux dont le cœur bat pour l’autre, pour un frère.

Le cœur de notre frère, Jean Billaud, a battu pour la France. Son combat s’inscrit dans la lignée de ceux de Verdun, du chemin des dames, de ce million et demi de Français morts et trois millions et demi de grands blessés pour que l’Alsace et la Lorraine soient libérées du joug allemand, ils appartenaient à la génération de ses parents. Son aventure pour la France est dans la lignée des 100.000 Français qui, entre le 10 mai et le 22 juin 1940, 100.000 morts en 40 jours, ont fait le don de leurs jeunes vies et ont sauvé l’honneur de la France, de tous ceux, qui au cours de la deuxième guerre mondiale ont cru à la victoire. Certains ont voulu être un bouclier pour la patrie, d’autres ont préféré l’épée, comme le disait le colonel Rémy.

Jean Billaud a voulu être l’épée en rejoignant l’Algérie, française à l’époque, puis l’Angleterre d’où il s’envolera pour 28 missions de bombardement sur l’Allemagne avec la RAF. La suite du général De Gaulle a marqué sa vie pendant et après la guerre. Tout engagement dans la cité, toute réponse à l’appel du Christ, tout don de soi pour la France est le fruit d’une blessure, d’un scandale, c’est à dire, au sens grec du terme, d’un obstacle, d’un évènement qui nous empêche d’avancer, de continuer, comme si il ne s’était rien passé !

Le commandant Jean Billaud qui nous quitte et nous rassemble ce matin dans cette cathédrale placée sous le vocable de Saint-Louis, est le fruit d’une blessure : la défaite, l’humiliation de juin 40 ! Il s’est battu avec ses compatriotes pour que la France retrouve sa souveraineté, pour qu’elle soit forte, indépendante, gouvernée à Paris, pour que le français soit sa langue nationale, pour que la République soit une et indivisible, comme le rappelait le chef de l’état en fêtant récemment les 150 ans de la République, pour que soit vaincus, non seulement l’Allemagne, mais aussi le national socialisme, l’une de ces deux idéologies païennes qui ont ensanglanté l’Europe et opprimé ses peuples de 1933 à 1989.

Les rois ont fait la France, la République a fait la nation, l’Empire lui a donné l’ossature juridique, administrative et territoriale qui a partiellement survécu jusqu’à nos jours. Cette continuité faisait dire à Péguy, mort en septembre 1914, « La République, notre royaume de France ». Il nous rappelait que les Français ne meurent pas pour un régime politique, mais pour la France éternelle, pour reprendre l’expression du général De Gaulle dans son discours du 25 août 1944 à l’hôtel de ville de Paris.

À notre frère, Jean Billaud, nous pouvons dire : Comme il s’applique bien à vous l’ordre du jour du maréchal Foch, le 11 novembre 1918, « vous avez sauvé la cause la plus sacrée, la liberté du monde… Soyez fiers ! D’une gloire immortelle vous avez paré nos drapeaux. La postérité vous garde sa reconnaissance ». Oui, commandant Billaud, votre vie fut une parcelle de gloire, la gloire de la croix, la gloire de la France ! Votre famille a retenu le psaume 5 que nous avons entendu dans lequel le psalmiste s’interroge : « qui nous fera voir le bonheur ? ». Et il donne la réponse « Fais lever sur moi, Seigneur, la lumière de ta face. En paix je me couche et je dors, c’est toi Yahvé qui m’établis à part en sûreté ».

Heureux êtes-vous, commandant Billaud, vous qui avez aimé l’aventure, la liberté, la France et la vie, la vraie vie dont nous parle le Christ. Que le Seigneur dans sa miséricorde vous accueille, qu’il fasse briller sur vous la lumière de sa face et vous donne la paix éternelle !

+ Georges Colomb

Evêque de La Rochelle et Saintes