Qu’est-ce que la vie contemplative ? A qui est-elle réservée ? Puissante réponse de Mgr Colomb

Publié le 11 septembre 2020

“La contemplation de Dieu, Père, Fils, Esprit est le moteur de notre action pastorale et missionnaire, pour tous les baptisés”, a expliqué Mgr Georges Colomb, évêque du diocèse de La Rochelle, lors de la rentrée du Conseil épiscopal, le 9 septembre 2020. Les membres de ce Conseil étaient réunis pour trois jours au monastère des bénédictines de Prailles, du 9 au 11 septembre 2020. Mgr Georges Colomb a ouvert cette session de rentrée avec un plaidoyer sur la vie contemplative.

Le missionnaire doit être “un contemplatif en action”, la formule est devenue célèbre. Elle est issue de l’encyclique Redemptoris Missio du pape Jean-Paul II (RM n°91) . C’est l’Eglise toute est entière qui est envoyée par le Christ “Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ” (Mt 28,19-20). Notre joie est celle de l’annonce. Mais toute vie missionnaire, pour être authentique, s’enracine dans une vie de prière et de contemplation.

La vie contemplative, un don de Dieu à son Eglise et au monde

S’il fallait donner une définition de la vie contemplative, on pourrait dire simplement qu’elle est la vie de celui qui se consacre exclusivement, uniquement à l’essentiel : Dieu. S’unissant à la Passion du Christ, le contemplatif manifeste cette dimension de l’Eglise qui vit dans la prière continue et la louange, dans la solitude et le retrait du monde. Ici c’est le même Esprit-Saint qui a poussé Jésus au désert (Lc 4,1) qui se manifeste dans la vocation contemplative. Il pousse des hommes et des femmes, depuis les débuts de l’Eglise, à faire le don de leur liberté pour conformer leur vie à celle du Christ, fixant leur regard sur le Père, portant le monde au cœur de la prière solitaire ou communautaire.

Chercher Dieu, tendre l’oreille pour entendre ses appels, voir Dieu en toutes choses et en toute personne, voilà la vie du contemplatif, toute tournée vers Dieu, le travail et la prière. Mais il serait injustice et gravement limitatif d’opposer trop vite contemplation et action, contemplation et mission. L’Esprit-Saint répugne à se laisser enfermer dans nos catégories, nos modes de vie, nos frontières.

L’Esprit-Saint, celui de la Pentecôte répandu sur les apôtres et l’Eglise, c’est l’Esprit qui “fait toutes choses nouvelles” (Ap 21, 5), qui transcende les oppositions, dépasse les contraires, pour qu’enfin s’accomplisse l’œuvre de Dieu, le salut des hommes et la venue du Royaume.

Par notre baptême, nous sommes tous appelés à une vie d’union intime avec le Christ, une vie tournée vers le Père et irriguée par l’Esprit-Saint. L’action nourrie dans la contemplation devrait être l’ordinaire de vie. Une vie unifiée dans le Christ, c’est une vie placée sous cette double mouvance, fruit de l’Esprit: l’action nourrie de contemplation.

S’adressant aux sœurs contemplatives du Carmel de Montmartre en 1985, le cardinal Lustiger définissait ainsi les vocations contemplatives dans l’Eglise, tordant le cou à une catégorisation rigide: “C’est une erreur d’interpréter la diversité des vocations et des dons dans l’Église comme une répartition des tâches ou des privilèges dans une société profane… Qui dit spécialité dit chasse gardée… Or il n’en va pas de même pour les vocations chrétiennes. Car tout appel particulier (…) permet d’aller au cœur même du mystère de Dieu. De ce cœur du mystère de Dieu, du cœur transpercé du Christ jaillit l’eau vive qui doit être répandue dans le cœur de tous les hommes. Il faut donc définitivement fermer le débat ouvert par l’opposition entre une soi-disant spécialisation contemplative et une soi-disant spécialisation active. ” (Jean-Marie Lustiger, Osez croire, Homélie au carmel de Montmartre 1985)

La vie contemplative au sens strict est un chemin particulier au cœur de l’Eglise. Elle est renoncement au monde, choix libre de demeurer au désert, non pas pour se chercher soi-même (c’est l’œuvre d’autres spiritualités, loin du christianisme) mais pour y lire l’œuvre de Dieu, pour y demeurer comme “guetteur”, vigile de Dieu pour le salut des hommes (Ézéchiel 33, 7-9), pour puiser à la source de toute vie.

La clôture est la manifestation extérieure, visible de tous, de cette volonté d’être avec le Seigneur. Quand elle absente, la clôture peut être intériorisée.  Quitter le monde, son agitation, ses tentations, pour vivre dans la solitude et la prière, c’est vivre la tension qui doit s’achever dans l’union définitive de l’humanité avec Dieu. Cette vie-là, quand elle est authentique, c’est-à-dire œuvre du Dieu qui appelle, est vie de joie et de paix. En cela elle est témoignage pour l’Eglise et pour le monde.

Aujourd’hui, à l’heure du relativisme, du multi culturalisme, à l’heure aussi où la technologie triomphante veut nous faire croire que demain tout sera possible, il est urgent de remettre l’homme et la création au centre de nos préoccupations. Que devient l’homme en ce début du 3e millénaire ? Quelle est sa place sur cette terre épuisée par la surconsommation ? Où allons-nous puiser la sagesse indispensable à la construction d’un avenir? Voilà peut-être les seules questions qui méritent d’être posées.

Loin de l’agitation du monde, de sa précipitation, dans la gratuité et le silence reçu comme un cadeau et non comme une source d’angoisse, les contemplatifs nous aident à creuser en nous l’espace où Dieu fait sa demeure. La vie intérieure, indispensable à toute vie de foi, que nous soyons évêque, prêtres, laïcs, religieux, cette vie intérieure reçue au baptême, a besoin d’espace, de paix, de silence, pour grandir, se développer et porter du fruit. Ces fruits, ils sont pour nous, chacun de nous, ils sont aussi collectivement, fruits pour l’Eglise et au-delà fruits pour le monde.

C’est dans l’espace dégagé dans notre cœur, dans cet espace libéré que nous trouvons la source de notre liberté, une liberté qui va s’exprimer, très concrètement dans des choix. Là encore, ces choix sont pour nous mais ils sont aussi pour l’Eglise, pour le monde, pour la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui et qui semble incapable de se donner à elle-même un cap, une direction, un avenir. L’homme contemporain est un homme divisé. Il n’existe plus d’harmonie dans les relations humaines. Il n’existe plus non plus d’harmonie au cœur de nos vies déchirées par des attentes contradictoires. L’harmonie est aussi absente de la vie de trop de nos contemporains La violence est partout présente, prête à surgir au moindre prétexte.

Contempler, c’est retrouver le sens, les valeurs, la force pour l’action. Contempler c’est se reconnecter au Dieu de la révélation, ce Dieu Père, Fils et Esprit qui est un Dieu de libération. C’est seulement dans la mesure où nos contemporains retrouveront en eux-mêmes, dans leur vie de tous les jours, chaque semaine, chaque année, des temps pour prier et contempler qu’ils retrouveront le lien avec le Dieu qui affranchit de toutes les formes de paganisme. Et notre siècle est un siècle de paganisme qui a pour dieux la consommation, l’argent, les modes.

L’avenir est incertain, encore plus en cette rentrée 2020 placée sous le double signe d’une menace épidémique et d’une menace de faillite économique. L’histoire semble vouloir s’accélérer. Elle nous présente des défis auxquels nous n’étions pas préparés. Mais rien n’est écrit. L’homme est libre. Il a été créé libre et cette liberté lui a été rendue par Dieu à chaque fois qu’elle était compromise.

Toute l’histoire du salut est l’histoire de notre libération. La liberté des hommes trouve sa pleine mesure, son accomplissement, dans sa capacité à écouter Dieu. Ecouter, voilà le maître mot de la vie contemplative. Il n’est pas indifférent que la règle de saint Benoit s’ouvre ainsi : “Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, et prête l’oreille de ton cœur” Elle est un écho au grand cri de l’appel de Dieu à son peuple :” Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique” (Dt 6,4), un écho aussi à la Parole agissante, Parole de Vie, qui s’incarne en Marie. Car un seul peut en vérité combler les attentes des hommes. Un seul peut nous donner la vraie joie et le bonheur qui ne passent pas dans cette vie et au-delà, la vie éternelle.

La poursuite du bonheur par la satisfaction des désirs humains n’est pas en elle-même condamnable. Mais il faut être conscient que jamais cette poursuite-là ne comblera le cœur de l’homme, un cœur fait pour accueillir Dieu et son mystère, pour être ravi en Dieu. C’est cette meilleure part là qu’a choisi Marie en se tenant aux pieds du Seigneur (Lc 10,39)

Les contemplatifs sont là pour nous dire qu’il est possible d’être libres, vraiment libres. Il est possible de renoncer aux idoles de la modernité, l’argent, le pouvoir, la technologie…Dieu nous appelle pour nous délivrer de toutes nos servitudes et nous donner le seul vrai bonheur, la seule vraie joie.

Mais les contemplatifs ont encore une autre mission: ils nous montrent l’amitié de Dieu pour les hommes. Ils nous montrent le désir de Dieu de se révéler. Dieu porte sur l’humanité un regard d’amour, de confiance, de paix. Ce regard d’amour vient nous rejoindre au plus profond de nos déserts, au cœur de nos contradictions, dans nos soifs et nos attentes.

C’est le regard d’amour de Jésus sur le jeune homme riche, c’est son regard de compassion sur la foule, c’est son trouble devant la mort de son ami Lazare et devant le chagrin de ses sœurs…Se donnant en Jésus-Christ, Dieu n’a pas fait semblant. La réponse du contemplatif est réponse radicale à la radicalité de l’amour de Dieu.

Le contemplatif est pour chacun de nous et pour l’Eglise, le vigile. Ils nous ramènent, si nous y consentons, à l’essentiel: l’amour de Dieu qui se donne, la charité, la miséricorde. Gardant sa porte ouverte aux hommes de ce temps assoiffés de paix, de calme, de repos, le monastère est un phare, une chance, pour tous les baptisés.

Mais en ce début du XXIe siècle le monastère a peut-être encore une autre mission, plus inattendue celle-là. Les moines comme les moniales pratiquent depuis les origines ce que nos contemporains appellent une “sobriété heureuse”. Le modèle économique des monastères qui ne privilégie pas la recherche d’un profit qui n’aurait pas de limites, détient peut être une clef pour résoudre certaines problématiques de notre époque.

La vie contemplative au service de la mission

“La meilleure motivation pour se décider à communiquer l’Évangile est de le contempler avec amour, de s’attarder en ses pages et de le lire avec le cœur… il est urgent de retrouver un esprit contemplatif, qui nous permette de redécouvrir chaque jour que nous sommes les dépositaires d’un bien qui humanise, qui aide à mener une vie nouvelle” nous dit le pape François dans la Joie de l’Evangile (EG n°264).

La contemplation de Dieu, Père, Fils, Esprit est le moteur de notre action pastorale et missionnaire, pour tous les baptisés. Plus la mission nous appelle pour nous envoyer aux “périphéries”, plus nous avons besoin de lieux et de temps de ressourcement qui nous permettent de répondre à l’invitation du Seigneur :” Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu…” (Mc 6, 31).

Les monastères sont dans un diocèse des oasis pour faire halte, se ressourcer à l’essentiel et reprendre la route. Ils nous permettent, à nous qui sommes appelés à une vie apostolique, de trouver le calme, la paix, le conseil et le soutien spirituels. Le silence et la distanciation du monde permettent à l’homme de s’unifier pour accueillir Dieu dans la paix, la joie et la contemplation.

Mais la vie du monastère déborde largement le cadre de ses murs. Moines et moniales sont une part vivante et vivifiante de la communion ecclésiale. Par la prière, particulièrement par la célébration des heures, par la liturgie, ils intercèdent pour le peuple de Dieu. C’est au bénéfice de toute l’Eglise que les contemplatifs font l’offrande de leurs vies. Autre dimension importante, autre témoignage pour le monde, la vie fraternelle. Ne s’étant pas choisis pour vivre ensemble, les contemplatifs se savent fils et filles d’un même Père, appelés à vivre dans un esprit de communion et de fraternité leur commune vocation.

Par leur rayonnement, moines et moniales sont aussi appelés à témoigner, particulièrement auprès des plus jeunes, de l’absolu de Dieu. Ces jeunes trouveront dans les monastères des lieux pour prier, réfléchir, adorer et approfondir, dans la solitude comme dans le dialogue, l’appel de Dieu sur leurs vies.

La vie contemplative participe de l’art de vivre chrétien. Dans cet art de vivre, la prière, l’adoration silencieuse, la fraternité, occupent des places essentielles. Elles sont signes de la Rédemption à l’œuvre dans la Création qui ” gémit [et] passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore” (Rm 8,22). Les contemplatifs, par toute leur vie, montrent le but et balisent la voie qui mène à Dieu. Ils vivent chaque jour de l’esprit des Béatitudes. Loin de spéculations qui seraient purement intellectuelles sur Dieu, ils expérimentent, humblement, quotidiennement, le goût de Dieu, la saveur de la foi qui désaltère, nourrit, régénère. Le Dieu auquel ils se livrent est le Dieu vivant qui a pris corps en Jésus-Christ, épousant l’histoire des hommes. Il n’est pas une abstraction, une idée, un concept. Le contemplatif chrétien, à la différence sans doute des contemplatifs d’autres religions, ne cherche pas d’abord à explorer ses propres profondeurs. C’est vers le Dieu vivant qu’il se tourne, rendant témoignage à la trinité sainte.

L’âme de l’homme moderne est malade de vouloir expliquer, démonter, posséder tout ce qui vit. Elle consent difficilement à entrer dans le mystère de Dieu qui se révèle, qui se donne, qui se livre. “Le Verbe de Dieu, qui est Dieu même et l’Époux de l’âme, vient à l’âme puis la quitte selon son bon plaisir…” disait saint Bernard (Sermon 74). L’homme n’en est pas maître. Il peut juste supplier ” Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse” (Lc 24,29).

La vie contemplative est désir ardent de rencontrer Dieu qui veut se donner aux hommes. L’union à Dieu est la fin dernière de toute vie humaine. C’est cela que l’Eglise annonce, et l’Eglise est toute entière missionnaire. A nous qui sommes envoyés dans le monde, notre être missionnaire s’enracine toujours dans la contemplation.

Révéler le Christ au monde, aider chaque homme à connaître “l’insondable richesse du Christ” (Ep 3, 8) c’est d’abord entrer dans la contemplation de Dieu qui toujours nous précède. L’Eglise en “état de mission” telle que la désigne le Concile Vatican II et telle que la décrivent le pape Paul VI dans Evangeli Nutiandi, Jean-Paul II dans Redemptoris Missio, le pape François dans Evangelii Gaudium est une Eglise “en état permanent de mission” c’est-à-dire capable de contempler Dieu qui vient à notre rencontre au travers de Jésus-Christ et s’en remet à la liberté de l’homme. Un Dieu qui propose, qui se propose, un Dieu qui est “chemin, vérité et vie” (Jn 14,6)

Dans la vie du disciple-missionnaire, l’opposition entre contemplation et mission n’a pas plus vraiment de sens. Jésus enseigne, guérit, nourrit les foules puis se retire pour prier (Mc 1,34). De sa vie d’intimité inégalable avec le Père, lui le Fils unique, le Verbe de vie, naît sa vie de missionnaire, sorti de la Trinité sainte pour révéler au monde le vrai visage de Dieu. A sa suite, le disciple-missionnaire creuse en lui l’espace de la contemplation pour se mettre au service de l’Eglise et des hommes.

Dans la vie chrétienne dit le pape François, “contemplation et action sont deux dimensions inséparables “(Lettre à la Communauté de Vie Chrétienne du 29 juillet 2018)  Pour apprendre ce chemin, il faut des maîtres. Un monastère contemplatif constitue un don de Dieu pour l’Église locale où tous peuvent se nourrir à la richesse de la vie contemplative.

A l’heure de la nouvelle évangélisation, il est important que des lieux de ressourcement, de gratuité, de fraternité, témoignent de l’absolu de Dieu. L’évêque, comme pasteur du troupeau qui lui est confié, est le gardien du charisme propre des contemplatifs dans son diocèse (Verbi Sponsa – Instruction sur la Vie contemplative et la clôture des moniales n°8). Les prêtres qui trouvent auprès des contemplatifs, paix et ressourcement, veillent aussi à nourrir les communautés de la Parole et de l’Eucharistie. Il leur appartient aussi d’aider à la sauvegarde de l’authenticité de cette forme de vie.

La vie contemplative a une portée missionnaire, tout comme la vie missionnaire ne se conçoit pas sans un enracinement dans la contemplation des mystères de Dieu et de l’Eglise. Il faut avoir découvert la perle de grande valeur, le trésor caché dans le champ (Mt 13, 44 et 46) pour être dévoré du désir de le porter aux hommes, dévoré par la joie d’évangéliser. C’est de la rencontre personnelle avec Jésus que naît la motivation de celui qui évangélise.

Dans le Cantique spirituel, Jean de la Croix, maître de la vie contemplative donnait cette recommandation aux missionnaires :” Qu’ils réfléchissent, ceux qui s’adonnent à une activité sans mesure, qui s’imaginent qu’ils vont englober le monde dans leurs prédications et leurs œuvres extérieures. Ils seraient beaucoup plus utiles à l’Eglise et plairaient bien davantage à Dieu, sans parler du bon exemple qu’ils donneraient, s’ils employaient à se tenir devant Dieu en oraison la moitié du temps qu’ils consacrent à l’activité…. Leur oraison leur en mériterait la grâce, et leur fournirait les forces spirituelles nécessaires. Sans elle, tout se réduit à frapper des coups de marteau, pour ne produire à peu près rien, ou même absolument rien, et parfois plus de mal que de bien… c’est chose indubitable, le bien ne se fait que par la vertu de Dieu” (CS n°29).

Aujourd’hui chaque baptisé est invité à redécouvrir la dimension missionnaire de sa vocation. Pour être fructueuse, féconde et durable, cette redécouverte devra s’enraciner dans une vie de prière et de contemplation.