La renaissance lumineuse de l’église de Châtelaillon-Plage

Publié le 5 septembre 2020

La mairie de Châtelaillon-Plage vient d’écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de l’un des édifices les plus remarquables de la commune : la restauration totale de l’église Sainte-Madeleine. Dans ce temple de l’art roman, les couleurs chatoyantes se sont emparées du chœur et du narthex de cette église du 19e siècle.

Mardi 1er septembre, 10h30. Nous avons rendez-vous à la mairie de Châtelaillon-Plage pour une visite particulière : l’église de cette commune balnéaire de presque 6.000 habitants. C’est le jour du marché. Les étals ont rempli les rues du centre-ville. Deux maires nous accueillent : l’actuel premier édile de Châtelaillon, Stéphane Villain, et son prédécesseur Jean-Louis Léonard. Les deux hommes en veste bleu marine se connaissent bien, le premier ayant été le bras droit du second au cours du précédent mandat.

C’est avec eux que nous dirigeons nos pas vers l’église Sainte-Madeleine, à 300 m de distance de la mairie. Juste le temps de traverser le foirail et de saluer quelques flâneurs. Jean-Louis Léonard ne tarde pas : ses explications commencent au pied de l’édifice à la fois religieux et communal. « A sa construction en 1867, il n’y avait que la partie centrale », explique l’élu à la retraite. Cette chapelle était alors privée.

Dès l’origine, cette petite chapelle a été conçue sur les principes de l’art roman. L’architecte d’alors en a repris tous les principes : les colonnettes, le double péristyle, les colonnes montantes et bien entendu les voûtes à clefs. En 1906, poursuit celui qui a dirigé la commune pendant plus de 38 ans, le temple privé est remis à l’évêché et restera dans son giron jusqu’à sa vente en 1985 pour le franc symbolique.

M. Jean-Louis Léonard, maire de Châtelaillon entre 1984 et 2020

L’année 2020 marque donc une nouvelle étape dans l’histoire de l’église paroissiale visitée par pas moins de 10.000 personnes par an. Lorsque le projet de restauration naît en 2018, le prédécesseur de Stéphane Villain souhaite redonner tout son éclat à la chapelle. Puisque les églises romanes étaient peintes, Sainte-Madeleine le sera aussi. L’équipe de la mairie se met alors à la recherche d’un artiste qui serait capable de toucher la cible : traduire par une fresque abstraite une allégorie de la lumière.

Un artiste lillois est alors contacté, un véritable spécialiste du street-art : Amaury Dubois. Pour Jean-Louis Léonard, c’est clair : l’artiste est tout trouvé et la fresque de 600 m2 qu’il a réalisée est un joyau. « Quand il entre, explique l’ancien maire, le pèlerin arrive du monde profane, et donc de l’obscurité. Puis, il se dirige vers le chœur, vers l’Est, c’est-à-dire, vers la lumière ».

Des « formes douces sans réelle symbolique »

Le visiteur foule alors l’allée centrale, un sol en damier inversé : des dalles noires, symbole du deuil, en granite du Zimbabwe, alternent avec des pierres de calcaire blanc, symbole de la lumière et du Christ. Au-dessus de lui, une voûte étoilée et sa Grande Ours guident ses pas. « On a toute la symbolique, précise Jean-Louis Léonard : plus on avance, plus on va vers une lumière qui diffuse vers les nuées ».

Cette lumière se diffuse de deux manières : avec les vitraux, d’une part, mais aussi avec la fresque magistrale et abstraite, d’autre part, allégorie de la lumière. « Plus on avance, plus on a l’explosion », traduit l’ancien maire soulignant les « formes douces sans réelle symbolique ». Quant au choix des couleurs, l’artiste a repris celles des vitraux, datant des années 1930 et figurant des saints proches de l’histoire du village et des scènes de l’époque, comme pour les prolonger dans l’édifice.

Allégorie du chaos

En sortant de l’église, le visiteur est surpris par une autre fresque, dans le narthex cette fois-ci. Puisqu’il sort, indique l’ancien maire, le pèlerin retourne vers l’obscurité. C’est ainsi que l’édile a commandé à l’artiste une fresque faisant l’allégorie du chaos. La fresque alors réalisée entre septembre et décembre 2019 est plus dure, empreinte de couleurs plus sombres.

Si les restaurations intérieures ont pris fin avant Noël, les travaux extérieurs se sont poursuivis jusqu’au mois de mars, à la veille du confinement. C’est ainsi qu’il n’y a pas encore eu d’inauguration officielle. Mais elle viendra, annonce Jean-Louis Léonard. Le 29 septembre, Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes, viendra bénir l’édifice et lui « donner un nouveau départ ». PAD

Détail de la fresque

L’effet « wahou ! » de l’église de Châtelaillon-Plage

Pour le nouveau maire de Châtelaillon-Plage, Stéphane Villain, la récente restauration de Sainte-Madeleine est un excellent prétexte pour redécouvrir un édifice devenu incontournable dans sa commune.

Le Tour de France d’abord, puis les Journées du Patrimoine ensuite sont deux excellentes vitrines pour présenter cette nouvelle église. Comment envisagez-vous ces deux événements ?

Le Tour de France va passer dans 43 communes du département entre le 8 et le 10 septembre 2020. Châtelaillon-Plage sera au centre du dispositif, il va donc y avoir beaucoup de monde dans notre commune qui passera devant Sainte-Madeleine. On a d’ailleurs déjà eu l’occasion de faire des animations sur la place, devant l’église : les gens viennent fatalement visiter l’église, devenu naturellement un lieu de visite.

Il y a l’effet « wahou ! » lorsque l’on rentre à l’intérieur. Les visiteurs ne savent pas forcément ce que représente ces couleurs chatoyantes. Il va donc falloir désormais que l’on explique, et on a la chance d’avoir un guide exceptionnel [Jean-Louis Léonard, NDR]. On va essayer de mettre en scène pour que les gens comprennent ce qu’ils vont voir dans cette église : au-delà des couleurs, on trouve aussi de vrais symboles.

Lors des Journées du patrimoine, nous ouvrirons bien évidemment l’église. Ce sera là encore pour beaucoup une façon de la (re)découvrir. Pour ceux qui ont connu cette église lorsqu’ils étaient enfants, un bâtiment qui partait alors à vau-l’eau, vont y voir désormais un édifice magnifique, un lieu de culte mais aussi un lieu de visite incontournable.

Quel est votre regard sur les deux autres événements à venir : la bénédiction des vélos par Mgr Colomb le 7 septembre à 18h30 et l’inauguration officielle le 4 octobre également en présence de l’évêque de La Rochelle et Saintes ?

Jean-Louis Léonard, le maire auquel j’ai succédé, a beaucoup œuvré pour cette église : il fallait que l’on passe à l’inauguration. Il aurait fallu le faire pendant son mandat, car c’est à lui que revient tout le mérite. Cela n’a pas été possible en raison de la crise du COVID-19. L’ancien maire a les clés de la maison et nous serons à ses côtés pour l’accompagner dans cette inauguration. Il va avoir tellement de choses à dire et tellement de messages à faire passer… C’est l’accomplissement de plus de 38 années de travail !

Quant à la bénédiction des vélos, c’est une bonne chose. Le Tour de France est un événement mondial. Sur son parcours se trouvent des églises : le fait qu’il y ait des bénédictions sur son passage est un acte symbolique. Cette bénédiction du 7 septembre est une belle façon aussi de saluer les cyclistes qui vont sillonner notre département, notre commune et ce sera vu par le monde entier !

Propos recueillis par Paul-Ambroise de Dinechin, à Châtelaillon-Plage