Homélie donnée par Mgr Colomb samedi 15 août 2020

Publié le 18 août 2020

Assomption de la Vierge Marie

Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab; Ps : 44, 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16; : 1 Co 15, 20-27a;  Lc 1, 39-56

La fête de l’Assomption, au cœur de l’été, vient nous replonger dans l’histoire du Salut. Elle déploie sous nos yeux la grandeur et la beauté du plan de Dieu qui s’accomplit malgré les obstacles. Au cœur de ce plan, une femme, une toute jeune fille, préservée du péché par la grâce de Dieu, elle a librement consenti à être “la servante du Seigneur” (Lc 1,38) pour que naisse l’enfant de la promesse, le messie, le sauveur. Marie est celle qui a cru, et en cela elle est notre modèle et notre mère. Marie est celle qui, vivant dans son sein le mystère de l’Incarnation, y puise sa joie et sa force. 

Heureuse celle qui a cru ! Marie, modèle pour les hommes d’aujourd’hui, pour leur combat au service de la vérité.

C’est parce que Marie a cru, que des milliers de pèlerins se mettent en route chaque année vers les sanctuaires mariaux dans notre pays comme partout dans le monde. En cette année 2020, de nombreux rassemblements et pèlerinages ont été annulés mais la ferveur demeure et s’intensifie en ce moment de notre histoire où l’humanité se trouve confrontée de manière brutale à sa pauvreté, à ses limites, face au mal, à la pandémie, à la mort. La science viendra peut-être à bout du virus qui nous frappe, mais elle sera toujours impuissante à guérir les hommes du mal radical qui les habite, du péché, de la finitude, de la mort. Il a fallu la foi de Marie, fille des hommes, mère de Dieu pour que s’ouvre le chemin de notre rédemption. 

Jean nous donne à voir dans la somptueuse fresque de l’Apocalypse, l’histoire de notre salut. C’est un message d’espoir qui s’adresse aux premières communautés chrétiennes persécutées. Il nous rejoint aujourd’hui alors que le message de l’Evangile semble perdu méconnu ou oublié par un certain nombre de nos contemporains. L’œuvre de Dieu s’accomplit, le salut nous est donné dans le Christ, mort et ressuscité “enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône”. Le dragon, c’est-à-dire le mal sous toutes ses formes, violences, guerres, génocides, mais aussi mensonge, cupidité, démagogie, exploitation des hommes et de la terre qui les porte, le dragon tente bien d’entraver la marche de l’histoire ; il réussit même, provisoirement. Le pape François nous rappelle dans l’encyclique Laudato Si (n°59) que  l’être humain s’arrange “pour alimenter tous les vices autodestructifs”. Mais la victoire finale appartient à Dieu. Pour le moment nous sommes dans le temps du combat. Ce combat appelle de notre part un engagement lucide. Quels sont vos engagements, quels sont les défis que vous relevez pour servir la vérité, le Christ ? Il y a un art de vivre en chrétien. Quel est votre art de vivre ? Marie est celle qui a cru, avec humilité, patience, constance. Elle a traversé grâce à sa foi intacte et inébranlable toutes les épreuves de sa vie de mère. Sa foi est une foi en action. Sitôt l’annonce de l’Ange, elle se met en route vers sa cousine Elisabeth, elle va offrir par avance le messie et son salut à l’humanité entière, cette humanité que son Fils lui confiera, quand, au pied de la croix, elle assistera à ce qui semblait bien être la victoire absolue du mal. Marie est celle qui a cru en la promesse de l’ange, elle est celle qui, la première, a cru aux pouvoirs  de son fils quand, à Cana, elle dit : “Tout ce qu’il vous dira, faites-le” (Jn 2,5). Au Cénacle, Marie est au milieu des apôtres, dans le silence et la discrétion, elle reçoit avec eux le don plénier de l’Esprit-Saint. Les évangiles ne nous disent rien de sa vie après la Pentecôte. Ils ne nous disent rien non plus de sa mort, ou plutôt de ce qu’une très ancienne tradition de l’Eglise appelle sa dormition. Cet événement unique dans l’histoire de l’humanité fait qu’un être humain est entré corps et âme dans l’intimité de la Trinité Sainte. Avec Marie, c’est l’humanité toute entière qui est attirée en Dieu et cela doit nous combler de joie. Croire en Dieu, se mettre en route, persévérer, être fidèle jusqu’au pied de La croix, passer par le mystère de la croix et de la résurrection : voilà le chemin parcouru par Marie, c’est un chemin de vie pour chacun d’entre nous.

Joie de l’Eglise : Marie nous livre le secret de la joie, qu’en faisons-nous ?

“Lorsque Marie arrive, la joie déborde et jaillit des cœurs, parce que la présence invisible mais réelle de Jésus emplit tout de sens : la vie, la famille, le salut du peuple… Tout !”, comme le disait le Saint Père à l’occasion de l’Angélus de la fête de l’Assomption le 15 août 2017. Le récit de la Visitation que nous avons lu est tout entier baigné de cette joie, car il est comme irradié par la présence invisible mais déjà agissante du Verbe de Dieu. Parler de joie, ce n’est pas dire que le chemin est facile et la route sans encombre. Nous savons que Marie gardait en son cœur tous les événements joyeux ou douloureux dont elle était le témoin. Elle priait, méditait, cherchait à pénétrer le sens caché des événements, confiante dans le plan de Dieu en train de s’accomplir. Comme rien ne pouvait la séparer de l’amour de Dieu, rien ne pouvait lui ôter cette joie de savoir que le temps de la grâce et de la rédemption était arrivé pour l’humanité.  Dieu vient habiter parmi les hommes. Avec Elisabeth, Marie, Jean-Baptiste, c’est déjà l’Eglise qui se constitue autour de son sauveur. Marie est celle qui a donné son corps humain au verbe éternel, elle est celle qui a accueilli de manière plénière et parfaite, la Parole de Dieu que nous recevons aujourd’hui en Eglise.  C’est pour le peuple de Dieu en marche qui forme l’Eglise d’aujourd’hui, le nouvel Israël enfin relevé, que Marie accepte d’être mère du Sauveur. C’est pour ce peuple en marche qu’elle est présente tout au long de la vie de Jésus. Marie, c’est la prière incessante de l’Eglise qui demande au Père d’achever son œuvre de rédemption. La joie de Marie vient de son oui à l’annonce de l’ange. La joie de Marie c’est la nôtre aujourd’hui. Elle consiste à prendre conscience que, par nos actes, notre prière, notre persévérance, nous pouvons hâter le retour du Seigneur. Aujourd’hui, entrée dans la gloire de Dieu, Marie intercède pour nous. Par elle nous pouvons demander au Père toutes les grâces, pour nous-mêmes, nos familles, notre pays, pour l’Eglise et le monde. Nous pouvons lui demander de prier le Père de susciter en nous “une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Évangile de la vie qui triomphe de la mort”, comme le fait le pape François dans sa prière à la Vierge (24 novembre 2013). Nous pouvons lui demander “la sainte audace de chercher de nouvelles voies pour que parvienne à tous le don de la beauté qui ne se ternit pas” (idem). Nous pouvons lui demander d’intercéder pour l’Eglise “afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais ne s’arrête dans sa passion pour instaurer le royaume”.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes