Homélie donnée par Mgr Colomb pour le 4e dimanche de l’Avent, 22 décembre 2019

Publié le 23 décembre 2019

Durant le temps de l’Avent, la liturgie met en avant, de manière particulière, deux figures qui préparent la venue du Messie : la Vierge Marie et Jean-Baptiste. Mais aujourd’hui, elle nous propose de regarder plus particulièrement cet homme discret mais au combien admirable qu’est St Joseph.

Nous assistons ici à une nouvelle annonciation. Mais tandis que celle de saint Luc regarde la Vierge Marie, celle que rapporte saint Matthieu concerne saint Joseph. Elles sont naturellement indépendantes, sans qu’il y ait entre l’une et l’autre aucune trace de contradiction ; chacune d’elles atteste, à sa manière, les mêmes faits d’histoire et la même doctrine.

L’homme juste est l’homme de foi qui accepte l’imprévu dans sa vie

En dehors donc de toute relation conjugale, il advint que Marie se trouva mère. C’était l’œuvre de l’Esprit – Saint, note l’évangéliste. Mais la Sainte Vierge garda le silence sur le mystère. Et, saint Joseph, dans son humilité, ne pouvait soupçonner la destinée que Dieu lui avait réservée. Il avait donc besoin, lui aussi, d’une annonciation. Avant de la raconter, saint Matthieu nous livre l’état d’âme de l’époux de Marie. Il était juste et observateur de la Loi. Il n’ignorait pas les conditions du mariage sacré contracté avec Marie, le vœu de virginité accompli par elle, accompli par lui. Or, tout lui semblait démenti par les apparences.

La loi mosaïque était sévère une épouse infidèle encourait la lapidation ou bien pouvait être répudiée. Et le père abbé Don Delatte disait au sujet de la décision de St Joseph : « Il y a comme une sorte de moyen terme dans la résolution que va prendre saint Joseph, moyen terme douloureux et respectueux à la fois. Ne pouvant  se soustraire à la réalité, ne pouvant accepter comme sien un enfant dont il ignore l’origine, ni demeurer avec sa mère, incapable pourtant de conclure à une faute, tant il sait la pureté de Marie, et bien résolu à ne point la dénoncer publiquement, il songe à la quitter, à la renvoyer, mais sans éclat, aussi secrètement qu’il le pourra. Du moins, c’est l’hypothèse qui s’offre à lui et vers laquelle il incline, comme pouvant seule donner satisfaction à toutes les exigences ». C’est en cela que nous voyons que St Joseph était profondément juste.

C’est alors que ce dernier a pris sa résolution que survient la seconde annonciation qui suit celle faite à Marie. L’ange dit alors ces paroles : « ne crains pas Joseph de prendre avec toi Marie ton épouse, car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint Esprit ». Ces paroles doivent conforter ce que Joseph savait probablement déjà, Marie n’avait pas commis de faute.

Ne pas chercher à plaire aux hommes, mais obéir à Dieu dans le silence

Il y a, en Joseph, une grande confiance et une grande obéissance. Une grande confiance car il ne remet pas en question ce que lui dit l’ange, il ne le conteste pas, comme l’a fait Zacharie. Il est disponible.

Une grande obéissance car dès son réveil, il fait ce que l’ange lui a demandé. Il n’y a pas de délais, il n’y a pas de murmures. Il montre une grande force d’âme. On retrouvera cette obéissance parfaite lors de la fuite en Egypte. Joseph est un homme juste mais il n’est pas faible. Il ne recule pas ; sa confiance en Dieu et son humilité lui permettent d’accomplir parfaitement la volonté divine.

Le Juste qu’a-t-il fait ? S’interroge le psalmiste, car on le sait bien la vie du pécheur fait habituellement plus de bruit que celle des justes. A cette question Bossuet répond que le juste n’a rien fait. Nous voilà donc devant un paradoxe. Car, en effet, St Joseph n’a rien fait, il n’a rien fait pour les yeux des hommes, parce qu’il a tout fait sous les yeux de Dieu. Ils sont probablement rares ceux qui ont remarqué la sainteté éminente de St Joseph de son vivant, mais, à l’image de Notre-Dame, Dieu a voulu nous faire connaître ceux qu’Il a choisis pour devenir membres de la Sainte Famille. La grandeur de St Joseph est toute entière dans l’accomplissement de la volonté divine et non dans la recherche d’honneurs, de richesses ou de gloire. Saint-Joseph est celui qui répond à la question du psalmiste : « Qui peut se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes qui ne livre pas son âme aux idoles ». Belle leçon pour nous qui vivons dans une société qui privilégie le paraître à l’être…

Les bonnes choses ne font pas de bruit, nous dit Saint-François de Sales, Saint-Joseph le juste ne fait pas de bruit. Nous retrouvons donc tout naturellement le silence. Le silence de Marie, le silence de Joseph qui nous montre des âmes profondément contemplatives et disponibles à écouter la parole de Dieu et à la mettre en pratique.

Ils sont tous deux, en ces derniers jours qui nous séparent de la Nativité, dans l’attente de la naissance de Notre Seigneur afin de le recevoir et de l’aimer. Sachons vivre dans le silence de la prière. Demandons la grâce de songes visités par Dieu qui nous donnera sa sagesse. La vie spirituelle est un trésor à cultiver dans la prière, le silence de l’oraison, la méditation de la parole de Dieu, la communion au corps du Christ. C’est le plus beau cadeau que nous devons demander à l’esprit saint pour nous et tous ceux que nous aimons.

 Nous, qui devons nous mettre à la suite de Marie et de Joseph, désirer recevoir Notre Seigneur, nous devons aussi désirer le recevoir sacramentellement dans l’Eucharistie, le sacrement de son amour. Il est donc bon en ces jours de s’y préparer comme on devrait toujours le faire à l’approche d’une grande fête. C’est le moment de se confesser et de reccevoir le pardon de Dieu afin de pouvoir recevoir pleinement ses grâces. C’est aussi pour cela que c’est une pénitence joyeuse car, qu’est-ce qu’il y a de plus désirable que d’être dans l’amitié de Dieu ? Une âme pure, voilà sans doute le plus beau cadeau que nous pouvons déposer cette année au pied de la crèche.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle