Homélie donnée par Mgr Colomb le dimanche 24 mai 2020

Publié le 24 mai 2020

Ac 1, 12-14; Ps 26 (27), 1, 4, 7-8;1 P 4, 13-16;Jn 17, 1b-11a

En ce dernier dimanche de Pâques avant la Pentecôte, la liturgie nous invite à entrer dans la grande prière de Jésus avant la Passion. Cette prière que l’Eglise désigne sous le nom de prière sacerdotale c’est-à-dire  prière d’offrande à Dieu, nous fait entrer dans l’intimité du Père et du Fils. Mais cette prière parle aussi de nous, aujourd’hui. C’est aujourd’hui que Jésus veut nous sauver et nous ramener, tous unis, vers le Père où nous pourrons vivre de la vie éternelle qui est la vie même de Dieu.  En attendant, nous avons besoin de l’Eglise ! Et c’est bien l’Eglise naissante que Luc nous donne à contempler dans les Actes des Apôtres. Après l’Ascension, les disciples et quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, sont en prière au Cénacle. Ils attendent l’accomplissement de la promesse de Jésus “je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité” (Jn 14,16-17). Cet Esprit sera notre force pour faire de nous des missionnaires de la Bonne nouvelle!

De l’Eglise naissante

C’est à Jérusalem, la ville sainte que commence la vie de l’Eglise. Quelques disciples qui ont suivi Jésus, quelques femmes, Marie mère de Jésus, voilà l’Eglise naissante ! Un tout petit groupe de disciples, unis dans la confiance et la prière. Si Luc prend la peine de désigner nommément les personnes présentes au Cénacle, c’est que la transmission du témoignage est essentielle. Notre foi aujourd’hui se fonde sur une lignée ininterrompue de témoins. Création de Dieu, née du sacrifice du Christ, animée par l’Esprit, l’Eglise est confiée à des hommes, les apôtres, choisis par Jésus directement pour la première génération (Ac 1,2), puis à ceux qui, par l’imposition des mains, ont reçu le charisme de gouverner : “quand le collège des Anciens a imposé les mains sur toi” (1 Tim 4,14). Aujourd’hui encore, chacun de nous, membre du peuple de Dieu, est appelé à servir l’Eglise selon son charisme propre, en fidélité à la tradition, attentive aux appels de ce temps. Chacun de nous est un maillon, unique et essentiel, dans la longue chaîne de la tradition. “Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde” dit Jésus à son Père. C’est dans le monde, ce monde qui rejette souvent Dieu, que les disciples doivent œuvrer, que nous devons œuvrer. Pierre nous le dit, le disciple sera en proie aux injures, aux moqueries, aux persécutions:”  Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous”. Etre chrétien dans le monde, c’est difficile aujourd’hui…comme ce le fut hier et ce le sera demain! Le chrétien est et sera toujours signe de contradiction dans le monde. C’est en quelque sorte son ADN comme on aime à le dire aujourd’hui. Le chrétien choisit le bien commun plutôt que son intérêt égoïste, il annonce le royaume et pour cela il ne doit pas chercher à plaire au monde, à l’opinion publique ; il préfère toujours la vie, même difficile, à la mort. Le disciple du Christ est signe de contradiction et il doit le rester, aussi longtemps qu’il faut œuvrer  pour que les hommes connaissent le Père “le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ”, celui qui est glorifié c’est-à-dire manifesté en Jésus. Conduite par l’Esprit, nourrie par l’Eucharistie, l’Eglise est prête pour la mission.  

A l’Eglise missionnaire

Il faudra la Passion et la Résurrection pour que les disciples comprennent que leur mission dépasse les frontières étroites du peuple d’Israël. “Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit” (Mt 28,19). L’Eglise qui va naître à la Pentecôte sera missionnaire. Depuis la Judée, elle rayonnera jusqu’à Antioche et Rome, avant d’atteindre “les confins de la terre” Sur toute la terre se répand leur message, et leurs paroles, jusqu’aux limites du monde” (Rm 10,18). Dans la grande prière qu’il adresse à son Père au moment de le rejoindre, Jésus prie pour tous ces hommes des siècles à venir “, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi.” L’amour que Jésus partage avec son Père est amour offert à tous les hommes, de tous les temps.

Les disciples parcourent  le monde mais ils demeurent dans la communion. Au-delà de nos querelles, de nos divisions, au-delà de l’éloignement physique qui nous a été imposé, nous sommes d’abord et pour le monde, les témoins de l’œuvre de Dieu et de son désir ardent d’unir toute l’humanité en Jésus le Christ. Comme le Père l’a envoyé dans le monde, Jésus nous envoie aujourd’hui pour continuer la mission qu’il a inaugurée, c’est-à-dire faire découvrir à tous les hommes qu’ils sont fils d’un unique père et donc frères en humanité.

Nous sommes aujourd’hui les mains et les yeux de Jésus.  Au moment de recevoir l’Eucharistie, nous pouvons nous souvenir de cette injonction des pères de l’Église “devenez ce que vous recevez”, soyez pour vos frères, présence vivante, agissante, aimante du Christ Jésus, dans l’Esprit, pour le Père !  

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes