Homélie donnée par Mgr Colomb le dimanche 23 février 2020

Publié le 24 février 2020

7ème dimanche  du T.O

(Lv 19, 1-2.17-18; Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 8.10, 12-13;1 Co 3, 16-23;Mt 5, 38-48)

Nous sommes invités à la sainteté ! Si l’appel à devenir saints ne venait pas de Dieu lui-même, ce défi pourrait nous sembler insensé. Quel homme, quelle femme, peut prétendre de sa propre force, à son initiative, devenir saint comme Dieu lui-même ?  Le chemin de la sainteté passe par l’amour, l’amour qui nous fait comprendre que le prochain, comme nous-mêmes, nous sommes des temples de Dieu.

Tu aimeras ton prochain comme toi-même 

Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’être humain est appelé à la sainteté :”Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint”. Pourtant, il ne faut pas se tromper sur le sens des mots ! Dans le récit de la tentation, le serpent dit au premier couple humain : “vous serez comme des dieux”! et on ne peut pas dire que ce fut pour leur bien !

Etre “comme des dieux” n’est pas synonyme d’être comme Dieu, à son image et à sa ressemblance.

Les dieux que nous vénérons, dieu de l’argent, de la consommation, de l’orgueil mal placé, ces dieux là nous conduisent vers l’abîme. Naturellement nous sommes portés à céder à ces tentations de puissance, de gloire, que la société légitime souvent.

La sainteté dont il est question ici nous force à contempler le Dieu saint, unique, le Tout Autre. De cette sainteté-là, nous ne pouvons-nous approcher qu’en tremblant car il y a entre elle et nous une différence de nature – du créateur à la créature.  

Dans ces conditions, comment l’homme peut-il espérer capter quelque chose de cette sainteté ? Il lui faut d’abord, pas à pas, entrer dans le chemin de l’amour, l’amour du prochain: d’abord apprendre à ne pas haïr, à ne pas se venger, à ne pas garder de rancune pour finalement  aimer son prochain comme soi-même.  En Dieu il ne peut y avoir ni haine, ni désir de vengeance,  ni rancune comme les prophètes de l’Ancien testament le comprendront progressivement.   Et en nous ? Souvent regarder en soi avec honnêteté donne le vertige ! Reconnaissons-le, le réflexe premier est le plus souvent celui de la colère, de la vengeance, de la détestation, détestation de l’autre, de l’étranger comme du voisin qui nous encombre ! Qui n’a pas vu les luttes dans une cour de récréation, qui n’a pas connu l’attrait du pouvoir en politique ou dans le monde professionnel sait peu de chose de la vraie nature humaine !

Le chemin d’amour que Dieu nous ouvre est tout autre et n’espérons pas le parcourir avec nos seules forces, notre seule vertu.

Il faut que Dieu vienne nous prendre par la main.  Il faut qu’il pratique envers nous ce qu’il nous demande de pratiquer envers notre prochain : “il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses” nous dit le psaume. Lui seul peut nous délivrer du péché “il met loin de nous nos péchés.”

Dieu fait sa demeure en nous 

La vocation du baptisé est de se rappeler à chaque instant ce qu’il est en vérité : “vous êtes un sanctuaire de Dieu, et … l’Esprit de Dieu habite en vous ?”, rappelle Paul aux premiers disciples.

Il ne faut pas oublier notre dignité d’enfants de Dieu, ne pas l’oublier pour nous-mêmes et la rappeler sans cesse à ceux qui, dans notre société, ont trop tendance à l’oublier… !  Le projet d’amour de Dieu sur l’humanité ne peut pas se réaliser si les hommes ignorent qui ils sont !

Se souvenir de ce que nous sommes, c’est nous reconnaître comme créatures aimées et sauvées. Paul nous prévient : cette sagesse, celle de se savoir enfant de Dieu et de se comporter en fils et filles de Dieu, est folie pour le monde, c’est le cas aujourd’hui… Paul s’adresse à la communauté de Corinthe dans laquelle des oppositions existaient. Il veut ramener à l’essentiel : peu importe celui qui annonce le Christ Jésus, il n’est qu’un porte-voix : seul compte le Christ lui-même et sa relation unique avec Dieu le père “tout est à vous,  mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.”

Voici la hiérarchie posée, l’architecture du Temple en place.

La sainteté comme don de Dieu

Etre au Christ, voilà notre vocation ultime, celle qui nous ouvre le chemin de la sainteté. La nature même de Dieu est l’amour et c’est cet amour qui nous a été révélé en Jésus-Christ. Il a vécu sa passion, après avoir connu le visage de ses ennemis, après avoir accueilli parmi les siens celui-là même qui allait le livrer, Juda. Il a été amour, donné, livré pour le salut du monde. Cet amour, il nous est redonné dans chaque Eucharistie, dans le sang versé pour l’Alliance nouvelle, celle qui fait passer de la Loi de Moïse à la loi d’amour. Nous ne sommes pas seuls quand il s’agit d’aimer nos ennemis, de prier pour ceux qui nous persécutent, de tendre l’autre joue…si besoin.

Jésus nous a donné l’exemple de l’accomplissement et du dépassement de la Loi. A nous, du mieux que nous le pouvons, d’incarner dans notre vie quotidienne cette exigence d’amour en nous rappelant le commandement de Jésus à ses disciples : ” Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.”

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes