Homélie donnée par Mgr Colomb jeudi 21 mai 2020

Publié le 21 mai 2020

Ascension

Ac 1, 1-11; Ps : 46, 2-3, 6-7, 8-9 ; Ep 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20

Allez ! De toutes les nations faites des disciples !

Quarante jours après Pâques Jésus est soustrait à la vue des disciples: “il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux” peut-on lire dans les Actes des Apôtres.  En montant au ciel dans son corps ressuscité, c’est l’humanité sauvée qui entre au cœur même de la Trinité Sainte. Mais  avant de quitter définitivement ce monde Jésus fait une promesse : “vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous”. Cette force fait de nous des témoins “vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre”. A nous d’œuvrer maintenant à rendre cette terre conforme à la volonté de Dieu, en étant particulièrement attentifs aux urgences de ce temps, à l’appel des plus pauvres.

Un envoi missionnaire

Au moment de quitter définitivement cette terre dans son corps ressuscité, Jésus fait une promesse et donne une mission. La promesse “vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous” et immédiatement après “Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.”

C’est à nous aujourd’hui que Jésus s’adresse. C’est nous, individuellement et collectivement en Eglise,  qui avons reçu le don de l’Esprit Saint, énergie formidable, présente depuis la création du monde et  à l’œuvre dans la vie et la résurrection de Jésus. Cette force nous est donnée! Prenons conscience un instant du don qui nous est fait !

Au cours de son ministère, Jésus avait d’abord envoyé les disciples vers “les brebis perdues de la Maison d’Israël” (Mt 15,24).  Lors de l’Ascension, il nous révèle que le salut est donné à tous les hommes. Il compte sur nous pour atteindre jusqu’aux extrémités de la terre, en commençant par le plus proche. A nous tous, chacun dans sa mission, d’entendre l’appel à la nouvelle évangélisation. C’est Dieu vivant que nous annonçons d’abord, avec amour et patience, avant d’annoncer des commandements et des lois. Nous ne pourrons vivre pleinement dans la vie que Dieu nous offre, cette vie qui nous fait participer à l’intimité même de Dieu que lorsque toute l’humanité, enfin réconciliée, sera réunie dans le Christ. Aux disciples qui demandent « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? », il est heureux pour nous que le Christ réponde : “Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité”. Ce temps, c’est celui qui nous est donné pour travailler à l’œuvre de Dieu, pour entendre les urgences de ce monde et pour agir et la mission est urgente !

Les urgences de ce monde

La crise sanitaire que nous traversons depuis plusieurs mois maintenant doit être pour nous l’occasion d’une double prise de conscience. La terre souffre de nos abus, les hommes souffrent de notre indifférence.

A la terre, celle qui nous a été donnée en héritage, nous devons rendre justice. Il est urgent de réviser nos modes de consommation, notre rapport au temps et au monde. Il est urgent de vivre avec l’esprit de sagesse” dont parle Saint Paul,  de prier et d’agir pour que cette terre soit encore habitable pour nos enfants et nos petits-enfants.

Agir pour la terre, c’est aussi et surtout avoir le souci de nos frères, particulièrement des plus pauvres. L’exploitation sans fin de nos ressources, les guerres, le terrorisme, tout cela contribue à rendre encore plus pauvres les populations des pays les plus fragiles. Les appels du pape François se sont multipliés depuis le début de la crise sanitaire. Relayant  l’appel lancé par le secrétaire général des Nations Unies  en mars dernier, le Saint Père demande l’arrêt immédiat de tous les conflits armés. “La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie”, déclarait le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres.  Allant plus loin  le pape François a formé le vœu que “l’engagement commun contre la pandémie puisse porter tout le monde à reconnaître notre besoin de renforcer les liens fraternels en tant que membres d’une unique famille” (Angélus du 29 mars 2020). Entendons cela et vivons en conformité avec ce principe : il existe une unique famille humaine, et chaque membre souffrant doit être pour chacun de nous, une souffrance à soulager, une douleur à apaiser, une espérance à faire connaître. C’est cette espérance qui nous fait vivre et nous porte, baptisés dans la mort et la résurrection du Christ. C’est notre foi qui nous pousse vers le haut, chaque vit est une ascension. De même que l’alpiniste fait preuve de patience, d’efforts, de force physique et de talent, notre baptême nous pousse vers le haut pour que nous soyons les premiers de cordée. Nous disparaîtrons au regard de ceux qui seront restés dans la plaine, mais ceux qui nous suivront, en Eglise, verront le sommet de toute vie faite de foi, d’espérance et d’amour : la vie dans l’esprit !

Renouvelant sa prière pour la paix à l’occasion de la bénédiction Urbi et Orbi de Pâques, le pape appelait à la levée de toutes les sanctions économiques et à la réduction ou même à l’annulation de la dette des pays les plus pauvres afin de mobiliser les ressources financières disponibles pour l’amélioration des conditions de vie.  A nous, pays européens, le pape adresse une demande spéciale, évoquant la mobilisation des forces après la seconde guerre mondiale, il nous invite à retrouver “un esprit concret de solidarité”, cet esprit qui  a permis à l’Europe “de dépasser les rivalités du passé”. Trouvons des solutions innovantes et oublions nos égoïsmes demande le pape François !

Oui, il fallait que le Christ monte vers le Père pour que nous recevions l’Esprit Saint qui fait toutes choses nouvelles. Mais qu’en faisons-nous aujourd’hui de cet Esprit de Dieu ? A chacun de trouver la réponse, dans le secret de son cœur, dans la prière et la vie  sacramentelle pour que s’ouvre, pour notre monde, un avenir de paix et de fraternité.

+ Georges Colomb

Evêque de La Rochelle et Saintes