Homélie donnée par Mgr Colomb en la solennité des apôtres Pierre et Paul le 29 juin 2020

Publié le 29 juin 2020

Ac 12, 1-11;  Ps : 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9;  2 Tm 4, 6-8.17-18;  Mt 16, 13-19

Si l’Eglise ne devait retenir qu’une seule image de la période de crise sanitaire que nous venons de traverser, c’est sans doute le saisissant témoignage du pape François, seul face à une place Saint-Pierre vide, pluvieuse, à la nuit tombante, bénissant la ville de Rome et le monde.

L’œuvre de salut de Dieu ne connaît pas de pause. L’œuvre de libération de Dieu se poursuit, quels que soient les obstacles qui se dressent sur sa route. La crise sanitaire semble s’être éloignée de nous, pour un temps du moins. L’heure est aux bilans.  Nous aurons découvert, mais est-ce vraiment une découverte pour le chrétien,  l’urgence d’une prise de conscience du respect de la création, de Dieu créateur par voie de conséquence, prise de conscience écologique, l’urgence de passer à une société de communion, l’urgence de passer d’une société de l’avoir à une société de l’être. Ce que nous aurons surtout compris si nous gardons la mémoire des événements, c’est que toute l’humanité est embarquée dans un destin commun “Nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement” (Pape François, homélie du 27 mars 2020).

Ce destin commun appelle un réveil des solidarités et de la fraternité. Ce destin commun, l’Eglise en témoigne depuis sa fondation. Quand Pierre professe Jésus Christ et Seigneur, Fils du Dieu vivant, il est aussitôt renvoyé à la communauté des frères, la communauté de l’Eglise à naître, cette communauté vis-à-vis de laquelle Dieu s’engage de manière irrévocable. Aujourd’hui comme au temps des Apôtres, Dieu appelle, Dieu envoie, Dieu s’engage.

Un Dieu qui appelle et envoie

Nous n’avons rien à craindre des différends qui marquent nos communautés ! Pierre et Paul, voici deux hommes que tout oppose. Ils n’avaient qu’un point commun, disent certains auteurs, non sans humour, leur caractère ombrageux ! Et pourtant c’est le Christ lui-même qui les appelle pour en faire les piliers de l’Eglise et pour que rayonne la bonne nouvelle de l’évangile.  Pierre et Paul nous disent aujourd’hui que nous sommes capables de dépasser nos différences pour mobiliser nos forces en vue de la réalisation d’une œuvre commune, œuvre qui nous dépasse et nous transcende. Ce que Dieu nous demande, c’est une réponse d’amour à l’amour inconditionnel qu’il nous porte, une réponse qui se manifeste par des œuvres. Sa confiance ne se fonde pas d’abord sur nos compétences, sur nos capacités humaines, même si celles-ci doivent être regardées comme dons de Dieu et être cultivées. Mais Dieu n’en a nul besoin. Ne dit-il pas à Pierre “Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise”, marquant bien ainsi que c’est lui qui est l’unique architecte.  C’est bien le Christ qui bâtit l’Eglise, c’est lui la pierre angulaire. Il est “la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu”, dit Pierre (1P 2,4-5). A nous est laissé le travail de l’annonce, l’annonce sans fin, sans répit, sans hésitation, de la Bonne Nouvelle. Il faut, dit Paul, que “la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent”. Jusqu’au bout, et à toutes les nations… Devant une place Saint-Pierre désertée, vide et cependant remplie du regard et de la prière de toute l’humanité, C’est bien cela le sens de la prière du pape François, l’annonce de la Parole de Dieu, à temps et à contre temps, même devant un lieu qui semble désert. Dieu qui nous appelle pour le servir et servir le peuple qu’il nous confie, nous demande un acte de foi et de confiance filiale.  Il nous demande aussi d’inventer les moyens de l’annonce de l’évangile. C’est ce que nous avons fait durant le temps du confinement, imparfaitement certes, car la tempête fut “inattendue et furieuse”, mais nous l’avons fait. Nous avons su nous montrer inventifs, solidaires, fraternels, même si bien sûr cela n’a pas été parfait.  Nous avons été fidèles, avec toutes nos faiblesses et nos limites, à ce que Dieu attendait de nous. Nous n’avons pas déserté, nous n’avons pas reculé, nous avons rempli notre part de labeur, en frères appelés à la même espérance, au même salut.

Au service de la fraternité humaine

Ne nous désolons pas plus que de raison de nos échecs, car Dieu sait bien que nous portons le trésor qu’il nous confie dans des vases d’argile (2 Co 4,7). C’est ce même Pierre qui confesse “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !” qui le reniera par trois fois avant de confesser à nouveau son amour : ” Pierre m’aimes-tu plus que ceux-ci” (Jn 21,15-17). Face à nos hésitations, nos doutes, nos reniements, Dieu est fidèle, éternellement, il n’est pas “homme pour mentir, un fils d’Adam pour se rétracter” (Nb 23,19). Il s’engage avec nous, il marche avec nous, au point de pouvoir dire à Pierre “Je te donnerai les clés du royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux”.

Quand l’ange de Dieu vient nous dire “Lève-toi vite”, quand il nous libère de nos chaînes, c’est que des frères ont besoin de nous. Ces frères appelés à constituer une même communauté, partageant la même foi, la même espérance, au-delà des querelles humaines et des difficultés matérielles.

Quand Pierre est détenu en prison,  c’est l’Eglise unie qui prie pour lui “avec insistance”. Quand Paul, qui sait être arrivé au terme de sa vie terrestre, déclare “Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice”, ce n’est pas d’abord pour lui-même qu’il reçoit cette récompense, mais c’est pour être signe de l’amour de Dieu pour la communauté toute entière, même si certains de ses membres n’ont pas été fidèles, ont eu peur, ont reculé devant l’ampleur de la tâche. Implorons sans cesse l’Esprit Saint de nous venir en aide, cet Esprit Saint qui fait de nous des hommes libres, qui nous remplit de force, afin que,  donnés à l’annonce de l’Evangile, nous puissions dire en vérité avec Paul, lorsque l’heure sera venue, “J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi”.

Appuyons-nous, chers amis, sur ces deux colonnes de l’Eglise, Saint Pierre et Saint Paul qui nous invitent à la fidélité à Rome et à l’évangélisation du monde.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes