Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 21 juin 2020

Publié le 22 juin 2020

12e dimanche T.O – Messe d’adieu des Fils de la Charité

Jr 20, 10-13;  Ps : 68, 8-10, 14.17, 33-35; Rm 5, 12-15;  Mt 10, 26-33

C’est un message plein d’espérance que nous délivre la liturgie de ce dimanche à condition que nous le comprenions bien!  Oui Dieu nous aime et, quel que soit notre péché, sa miséricorde sera toujours plus grande ! Mais Dieu a besoin de nous, Dieu a besoin des hommes. Il vient au-devant de nous pour nous dire : “Ne craignez pas”, ne craignez pas car  la vérité finira par triompher, l’hostilité du monde ne sera pas éternelle et Dieu marche toujours avec celui qui lui donne sa confiance. Mais il faut que la Bonne Nouvelle soit annoncée, envers et contre tout. Et pour cela il faut des hommes et des femmes de foi et de conviction. Ce message s’adresse  à nous aujourd’hui alors que les mutations imposées par l’évolution de la société nous conduisent à vivre des séparations, des arrachements,  des dispersions, à voir aussi les vocations se raréfier durablement en Europe. Au moment où nous allons dire au revoir aux Fils de la Charité, nos amis, il faut se souvenir que la mission demeure et qu’elle appelle  tous les baptisés pour continuer à  faire rayonner l’amour et la miséricorde de Dieu sur notre monde, dans notre paroisse, dans notre quartier. Le message de Jésus  s’adresse bien à nous aujourd’hui car Dieu nous lance un appel urgent : il faut des disciples, des disciples missionnaires, des prêtres, des religieux et des religieuses, des fidèles, pour que la Bonne Nouvelle se répande, que le salut soit annoncé à tous les hommes. Sommes-nous prêts à suivre le Christ?

 Suivre Jésus

Le disciple n’est pas au-dessus du maître, « comme ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront », prophétise Jésus. La violence des hommes n’a pas de limite et annoncer Dieu a toujours été une entreprise risquée. Le prophète Jérémie a vu les troupes perses de Nabuchodonosor incendier Jérusalem et détruire le Temple. Il a vu l’exil, le silence de Dieu et la peine des hommes. Les guerres du XXe siècle, le terrorisme du XXIe siècle,  la crise écologique que traverse notre planète à cause de la cupidité, de l’indifférence, sont là pour nous rappeler le caractère récurent du mal à l’œuvre dans ce monde. Avec l’apôtre Paul, nous pouvons dire “la mort est passée  en tous les hommes….la mort a établi son règne”. Alors la seule issue est-elle le désespoir, l’homme est-il fait pour la mort, n’est-il que le fruit du hasard voué à disparaître individuellement et en tant qu’espèce ? Non, ce monde est sauvé par notre Seigneur qui a donné sa vie, et à cause de cela, Jésus peut nous dire : “Ne craignez pas”. Paul nous enseigne pourquoi : une seule chose compte le Christ et la diffusion de son enseignement! (Ph 1,18).

Envoyés en mission

C’est pour le Christ et la diffusion de son message à ces nouveaux pauvres qu’étaient les ouvriers au début du XXe siècle, à ces  périphéries de l’époque qu’étaient les banlieues pauvres, que le père Anizan s’engagea. Il jeta toutes ses forces dans cette bataille. Les Fils de la Charité sont présents aujourd’hui sur quatre continents. Ils inventent de nouveaux chemins pour continuer l’annonce de l’Evangile aux plus pauvres. Européens envoyés en terres de mission à l’origine, c’est sur ces terres lointaines que naissent aujourd’hui les vocations.  On trouve là-bas des hommes et des femmes qui ne craignent pas pour leur vie car ils sont fondés sur le roc : c’est-à-dire sur le Christ, mort et ressuscité, qui n’abandonne pas ses amis. Paul le dit sans détour : “pour moi, vivre c’est le Christ […] et  qu’importe que ce soit avec des arrière-pensées ou avec sincérité, le Christ est annoncé, et de cela je me réjouis.” (Ph 1). Si nous devons craindre une chose, c’est le mutisme de pseudo disciples, notre mutisme, notre silence devant l’urgence de l’annonce ! Tétanisés par la peur, assommés par l’indifférence, paralysés par les routines et les habitudes, phagocytés par une laïcité mal comprise, nous risquons de ne plus oser dire en pleine lumière la Bonne nouvelle qui fut murmurée à une poignée d’hommes sur les routes de Palestine : “ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; “ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits”, nous dit Jésus. Proclamez-le au milieu d’un monde où toutes les dimensions du mal  semblent devoir se déployer et où votre parole sera suspectée. Face au mal, souvenons-nous de Jésus-Christ, comme nous le demande Paul, Jésus mort et ressuscité : “Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera” (2 Tm 2,11-13).

Bien sûr face à l’épreuve, face aux incertitudes, nous avons peur. Aujourd’hui nous sommes tristes de voir partir les Fils de la Charité qui ont tant donné à cette paroisse ! Mais soyons en sûrs, l’épreuve qui nous est proposée ne dépassera pas nos forces. Ecoutons encore Paul “Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces. Mais avec l’épreuve il donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter” (1 Co 10,13), car la grâce de Dieu s’est répandue en abondance sur la multitude.  Oui, cette paroisse vivra, elle continuera d’annoncer l’Evangile aux hommes et aux femmes de ce temps, autrement sans doute, mais l’évangile sera annoncé. Ne craignons pas, poursuivons avec persévérance l’œuvre de l’annonce,  ravivons dans nos cœurs, dans nos paroisses, dans nos familles, dans nos communautés, la ferveur missionnaire. C’est le plus beau témoignage d’amitié et de reconnaissance que nous pourrons adresser  aux amis qui nous quittent.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes