Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 19 juillet 2020

Publié le 20 juillet 2020

16e dimanche T.O

Sg 12, 13.16-19; Ps : 85, 5-6, 9ab-10, 15-16ab; Rm 8, 26-27; Mt 13, 24-43 (ou brève : 24-30)

Les textes de ce jour nous disent de quel amour Dieu aime ce monde et les hommes qui y vivent. Oh bien sûr, Dieu n’aime pas tout ce qui est  dans ce monde ! Le péché et toutes ses conséquences sont étrangers à sa nature et il les a en horreur. Mais malgré le péché qui défigure l’homme et le monde, peut-être d’une certaine façon à cause de lui, Dieu s’approche de sa création, prend l’initiative de s’approcher de nous avec “justice”, avec “indulgence” et avec “douceur”. Notre Dieu est “Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité” qui veut le salut du monde. Bien sûr, il appartient à l’homme, à chacun de nous, de répondre à l’amour et à la sollicitude de Dieu en nous laissant humblement guider, confiants en notre capacité à nous convertir et en la promesse du  Royaume. L’histoire de toute vie chrétienne se joue dans le rapport du croyant au monde. Est-ce la société, la mondanité qui m’influence, ou bien est-ce l’esprit saint ?

Dieu à notre rencontre

La vraie sagesse, contrairement à ce que les grecs ont pu croire, n’est pas affaire d’hommes. La vraie sagesse qui est connaissance de Dieu et de ses mystères, est en Dieu, elle est Dieu et elle ne peut être connue que de celui à qui elle se révèle.  Nous lisions il y a quelques semaines cette parole de Jésus :”Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. “(Mt 11, 25). La Sagesse, c’est Dieu qui se révèle aux petits, aux humbles, aux sans grades, lui le Tout Puissant, il vient vers l’homme avec douceur, prenant soin de toute chose. C’est précisément parce qu’il est Tout puissant qu’il n’a nul besoin d’utiliser la force. Ce mystère d’un Dieu  Tout puissant d’amour est inaccessible à l’intelligence humaine. Il faut que Dieu se révèle. Nous apprenons qu’il ne veut pas la condamnation du pécheur mais sa conversion. Et nous aujourd’hui ? Demandons-nous à Dieu qui se fait proche, qui se fait notre ami en Jésus-Christ, demandons-nous à Dieu le pardon de nos péchés et la conversion de notre cœur ? Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Entrons nous dans le projet de Dieu qui est de faire de nous “les bâtisseurs d’une nouvelle humanité enracinée en Jésus-Christ” (lettre du pape François aux catholiques du diocèse de Paris Assomption 2019) ? Dieu vient à nous, mais il ne pourra rien faire si, aujourd’hui, maintenant, nous ne l’accueillons pas, si nous ne nous convertissons pas. Dieu vient sans cesse à notre rencontre, il se donne à nous en Jésus-Christ, à nous de changer notre regard, à nous de convertir notre violence, notre impatience, notre péché car notre vocation de baptisés, que nous en ayons conscience ou non, notre vocation baptismale est de nous laisser façonner par l’Esprit-Saint pour être conformés à l’attente de Dieu et être rendus héritiers du Royaume.

Héritiers du Royaume

Jésus nous donne trois images pour parler du Royaume, toutes trois liées à la croissance : le bon grain et l’ivraie qui grandissent ensemble sous le soleil mais qui seront un jour séparés; la graine de moutarde si petite mais qui un jour donnera un grand arbre qui abritera la vie; enfin il utilise l’image du levain dans la pâte, invisible et pourtant indispensable pour le pain qui va nourrir les hommes.

Dans le grand champ du monde, poussent donc en même temps le bon grain et l’ivraie, les fils du Royaume et ceux du mauvais. Jésus nous dit qu’il faut attendre. Le mal existe, c’est une certitude mais face à lui il faut patienter, surtout ne rien détruire par crainte d’emporter, avec l’ivraie, le bon grain ou du moins ce qui n’est pas encore bon grain mais qui peut le devenir, le pécheur capable de se convertir.

Car nous sommes tous en chemin, victimes du mal et tendus vers le Royaume. Paul lui-même ne disait-il pas, découvrant l’immensité du mal en lui-même : ” Moi qui voudrais faire le bien, je constate donc, en moi, cette loi : ce qui est à ma portée, c’est le mal.” (Rm 7,21-23). Oui, notre monde est divisé, nous sommes nous-mêmes divisés, mais nous devons nous souvenir que le bien a précédé le mal. “Dieu vit que cela était bon” lit-on à plusieurs reprises dans le livre de la Genèse (Gn 1, 10-31) Le bien a précédé le mal et quand la chute de l’homme a livré le champ du monde aux fils du mauvais, Dieu créateur s’est fait rédempteur en envoyant son Fils sauver ce monde. Dire qu’il ne faut pas séparer le bon grain de l’ivraie, ne signifie pas pour nous laisser faire, laisser passer, en demeurant passifs, simples spectateurs de la tragédie qui se joue. Pour éviter le mal ou du moins le faire reculer, il nous appartient de cultiver le bien, le bon, le juste, le vrai en laissant à tous et à nous-mêmes le temps de la conversion.

Le pape François recommande qu’à la fin de chaque journée nous  nous demandions : “qu’est-ce qu’il s’est passé dans mon cœur aujourd’hui? Qu’est-ce que j’ai senti? Qu’est-ce que j’ai fait? Qu’est-ce que j’ai pensé? Mes sentiments à l’égard de mon prochain, de ma famille, de mes amis, de mes ennemis: qu’est-ce que j’ai senti, ce sentiment est-il chrétien ou n’est-il pas chrétien? ..” Et encore il recommande de s’interroger : “de quoi ai-je parlé, comment ma langue a-t-elle agi aujourd’hui? A-t-elle bien parlé ou a-t-elle dit du mal des autres?”. Pour le pape François cette pratique peut nous aider à faire de la place en nous, à passer de la “mondanité et du péché, à la grâce” en faisant place nette pour que l’Esprit-Saint puisse agir, lui qui “vient au secours de notre faiblesse…et intercède pour nous”. Pour cette conversion du cœur il faut de la “générosité, qui vient toujours de l’amour, et la fidélité, la fidélité à la parole de Dieu”(méditation matinale en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe du 26 octobre 2017). Voici les conseils du pape François que nous pouvons mettre en pratique dès aujourd’hui pour participer activement à la croissance du Royaume. Pour le reste, cela ne nous appartient pas. C’est Dieu seul qui, quand les temps seront accomplis, séparera le bon du mauvais. Puisse-t-il nous trouver en tenue de travail “la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main” (Ex 12,11). Notre foi est exigeante, car elle est une invitation quotidienne à la liberté de l’esprit en chacun de nous.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes