Homélie de Mgr Colomb pour l’installation des sœurs de Matara

Publié le 12 février 2021

Is 66,10-14; Ps Jdt 13,18; Jn 2 1-11

Les textes de ce jour sont placés sous le signe de la joie. Non pas une joie seulement humaine comme la joie des époux et de leurs invités aux noces de Cana, non mais une joie devenue exultation et allégresse par l’irruption du divin au milieu de la vie des hommes.

Comme Judith découvrant que l’œuvre de ses mains est œuvre de Dieu et accomplissement de son plan, comme Marie à Cana,  comme Bernadette contemplant la belle dame silencieuse de la grotte de Massabielle, nous aussi nous sommes les témoins de l’action de Dieu dans le monde. Isaïe nous l’a annoncé «comme une mère console son enfant, je vous consolerai ; vous le verrez et votre cœur se réjouira ».

Chères sœurs, que votre cœur se réjouisse, comme celui de la petite bergère de Bartrès voyant Marie. C’est bien au nom de cet amour de Dieu pour les hommes et de sa volonté de nous faire participer à l’accomplissement de ses desseins, que vous avez accepté une mission sur cette terre de Charente-Maritime. Votre présence rappellera à tous, la volonté de Dieu de se faire proche, de se donner, et d’accompagner chacun de nous au long de ses jours.

Dieu choisit et appelle librement par Marie

Si notre sensibilité spirituelle était plus fine, peut-être pourrions-nous ressentir quelque chose de l’ébranlement du monde et de son histoire qui est intervenu quand Marie, répondant à la salutation de l’ange, accepta sa mission. Du plus profond de sa liberté, Marie a dit oui, oui à l’enfantement du Fils de Dieu, mais aussi oui à la participation à sa mission aussi longtemps que durera l’histoire des hommes sur cette terre. Marie s’empresse dans un amour infini pour se porter au-devant de nous et nous révéler le Visage de Dieu et de son Fils, malgré notre péché et nos pauvretés.

Mère de Jésus qu’elle a porté, élevé, chéri, voilà qu’elle ouvre devant lui le chemin de sa vie publique, cette vie publique qui le conduira à la Croix. Le “bon vin” dont les hommes ont soif sans même le savoir c’est la Parole de Vie, cette Parole dont le prophète Isaïe savait qu’elle nous porte, nous nourrit, nous console et nous rassasie. Le “bon vin” de Cana se répand jusqu’à nous en abondance pourvu que nous nous mettions à l’écoute de Dieu et de sa Parole, comme Marie sans cesse nous y invite. Marie c’est celle qui montre, au-delà d’elle-même, l’inouï de Dieu et de son projet pour les hommes. Elle ne retient rien pour elle, elle est toute entière donnée au Père, acceptant la remarque de Jésus “Mon heure n’est pas venue”. Quelle intimité, quelle complicité entre la mère et le fils, ce dernier comprenant bien qu’il s’agit de faire bien plus que de transformer de l’eau en vin, qu’il s’agit d’inaugurer enfin l’histoire encore à achever du salut des hommes.

Tout ce qu’il vous dira, faites-le

Marie sait que l’heure est venue et, malgré la remarque de Jésus, elle demeure dans la confiance: “tout ce qu’il vous dira, faites-le”. A Cana, Marie nous montre que Jésus est toujours prêt à exaucer les prières des hommes quand elles passent par Marie et quand elles concourent à la réalisation du projet de Dieu. La demande de Marie à Jésus est la demande d’une liberté qui s’adresse à une autre liberté, dans le respect, l’amour et la confiance. C’est à Cana que s’inaugure la vie publique de Jésus, que se manifeste la gloire de Dieu et que les disciples entrent sur le chemin de la foi. Ces disciples, c’est nous aujourd’hui. Le miracle qu’il nous donne, c’est ce qui s’accomplit durant la messe, la transformation spirituelle du pain et du vin en son corps et son sang, qui nous donne la vie éternelle.

A Cana Marie est celle qui veille, qui observe, qui discerne les besoins parfois cachés, douloureux, des hommes et des femmes de ce temps. A vous chères sœurs, sur cette terre qui est votre terre de mission, d’exercer ce discernement et de porter dans votre prière et votre action les besoins des enfants de Dieu qui vous sont confiés. Dieu écoutera votre prière et bénira vos actions.