“Le vent de la liberté de l’esprit a soufflé pour vous” Appel décisif des catéchumènes 2021

Publié le 21 février 2021

Saintes, le 21 février 2021

L’évangile selon saint Luc que nous avons médité hier nous rapporte l’histoire de la conversion de Lévi, vous savez, ce publicain, ce collecteur d’impôts qui collaborait avec les autorités de l’empire romain et volait le peuple en faisant son travail de percepteur. Quelle mouche a piqué Lévi pour qu’il réponde à l’appel de ce Rabbi venu de Nazareth ? Il a suffi que Jésus lui dise « suis-moi », pour qu’il « abandonne tout » ce qui lui avait coûté tant de patience, d’efforts et d’humiliations. Lui qui avait enfin acquis la sécurité dont il rêvait, le voilà qui « se lève et se met à suivre Jésus », ce Rabbi itinérant !

On ne sait d’ailleurs pas d’où il vient ce Jésus, lorsqu’il surgit sur l’avant-scène de la vie de Lévi, et notre collecteur sait encore moins où il va, et pour cause : « le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu’il fait, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l’Esprit » (Jn 3, 8).

Que s’est-il donc passé dans cet instant où les regards de ces deux hommes se sont croisés ? Nul ne le sait sinon Jésus et Lévi : le secret de cette rencontre fondatrice demeure scellé dans leur cœur à tous deux, tout comme le secret de la rencontre, de l’échange de regard, de l’appel qui a mis chacun de nous en route à la suite du Seigneur.

Votre histoire personnelle, chers amis, ne ressemble pas à celle de Lévi, toutefois, Jésus jusqu’à une  certaine date n’avait pas, pour vous, l’importance, la place qu’il a aujourd’hui dans votre vie ! Vous l’avez rencontré en lisant, en écoutant la Parole. Le vent de la liberté de l’esprit a soufflé pour vous, sur vous ! Vous venez de divers pays et continents, vous avez grandi dans des univers culturels et religieux différents, vous avez été blessés dans vos affections, parfois alors que vous étiez jeunes ; vous avez, vous-même donné la vie, fondé une famille.

Au creux d’une certaine détresse, vous avez appris à aimer le Christ et son Eglise. Vous avez découvert qu’elle est la grande famille de Dieu.

Si le temps du carême nous est donné en vue d’un nouveau départ à la suite de Jésus, alors il est important de faire mémoire de ces moments fondateurs dans lesquels nous avons rencontré le Seigneur, où il a posé sur nous son regard, où nous avons compris qu’il nous aimait, où il nous a appelés, et où enfin nous lui avons répondu, nous mettant à sa suite. Le parcours n’est bien sûr pas balisé : il est personnel pour chacun, vos lettres le montrent bien et nous ne sommes pas forcément passés par chacune de ces étapes de manière précise. Certains ne reçoivent pas la foi dans le contexte familial, d’autres oui, mais ils passent par des moments d’appropriation personnelle de ce qui leur a été transmis.

C’est de cela qu’il est bon de se remémorer, afin de pouvoir refaire, plus consciemment et plus pleinement, le choix de devenir disciple de Jésus, choix que vous faites aujourd’hui.

Vous avez ravivé la flamme de votre désir, vous vous êtes arrachés à vos fausses sécurités pour vous mettre en route avec un élan renouvelé sur le chemin de la vie, il sera bon, comme Lévi, d’ « offrir un grand festin dans votre maison » intérieure en prenant encore et toujours modèle sur Lévi. Il savait bien que ce n’était pas du « beau monde » qu’il avait invité, mais si le Maître ne l’avait pas repoussé, lui – bien plus : s’il était venu le chercher pour l’appeler à sa suite – il n’y avait aucune raison qu’il agisse autrement envers ses amis.

Ce n’est pas une humanité idéale, mais notre humanité bien concrète que Jésus est venu réconcilier avec lui. Sachons donc l’accueillir dans tout ce que nous sommes : y a-t-il quelque chose en nous qui ne soit souillé par le péché ? Mais y a-t-il quelque chose en nous qui ne soit assumé dans l’humanité très sainte de notre Sauveur ? Lavé par son précieux Sang ? Sanctifié par son Esprit ? Oui : osons l’accueillir et lui faire la fête avec tout notre être, y compris ce qui en nous, nous fait honte : « Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent », répond Jésus aux pharisiens qui l’accusent de partager son repas avec les pécheurs.

Loué sois-tu, Seigneur Jésus, d’être venu marcher sur mes chemins de solitude, de non sens ou d’égarement et d’avoir croisé mon regard. Béni sois-tu pour ton appel qui se renouvelle chaque jour. Viens encore me surprendre comme au premier jour de notre rencontre, prends autorité sur toutes mes résistances, et donne-moi la force dans l’Esprit de “tout abandonner, de me lever et de me mettre à ta suite”. Je sais que le baptême est l’engagement d’une conscience droite et sauve par la résurrection de Jésus Christ qui m’a converti, c’est pourquoi, je crois à l’évangile. Je pourrai alors te rendre grâce de tout mon cœur et m’offrir à toi dans la joie et la fraîcheur d’un nouveau départ pour la grande aventure de la vraie vie. Merci, Seigneur !

Le temps du carême m’invite au jeûne, à la prière, à la pénitence. Le regard que tu as posé sur moi, me permettra d’éviter les pièges des tentations de la facilité, du bonheur apparent à court terme. Avec toi, Seigneur, je continuerai la marche commencée, pour, à mon tour, donner la vraie vie vers laquelle tu me conduis et que je recevrai le jour de mon baptême.