Homélie de Mgr Colomb du dimanche 14 février 2021

Publié le 15 février 2021

Ben Sira 3,17-24; Ps 130; Co 1,26-31; Jn 12,24-36

Thérèse d’Avila, s’interrogeant sur l’importance de la vertu d’humilité découvrit un jour, sous la mouvance de l’Esprit que cette importance était liée à la nature même de Dieu qui est “la suprême Vérité”. Pour la grande mystique “l’humilité consiste à marcher selon la vérité.” (Le château de l’âme. 6edemeure). Comme en écho,  Thérèse de Lisieux, celle-là même que l’on désigne sous le vocable de de “petite Thérèse” écrivait à la fin de sa course sur cette terre “Oui, il me semble que je n’ai jamais cherché que la vérité; oui, j’ai compris l’humilité du cœur… Il me semble que je suis humble” (Carnet jaune 30.9). Il est une autre âme que l’Eglise reconnaît comme sainte qui fut humble presque s’en avoir besoin d’y penser. C’est Bernadette. A elle, l’humble et pauvre enfant de Lourdes, la belle dame de Massabielle révèlera le secret de son identité en lui disant : “Je suis l’immaculée conception”.

Vérité et humilité : “C’est aux humbles que le Seigneur révèle ses secrets”

Déjà Ben Sira l’affirmait “C’est aux humbles que le Seigneur révèle ses secrets” et Paul, se trouvant pourtant sur cette terre de Grèce qui a vu naître la philosophie, les arts oratoires et les discussions d’intellectuels, proclame aux Corinthiens “ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages”. Là où la sagesse antique affirmait que l’homme est la mesure de toute chose (Protagoras), la foi nous enseigne au contraire que l’homme n’est pas la mesure universelle car au-dessus de lui il a Dieu créateur, le Christ rédempteur. La  référence ultime, c’est bien Dieu et non l’homme.  Et face à cela, la seule attitude juste est  celle de l’humilité qui, nous désencombrant de nous-même, libère l’espace où Dieu et sa grâce viennent habiter. Bernadette n’est pas allée à l’école, ni même au catéchisme. Ce qu’elle sait de la vie et de Dieu, c’est au cœur de sa famille marquée par les épreuves au moulin de Boly, au cachot, tout autant que par l’amour et la foi, qu’elle l’a appris. Elle sait que Marie l’a choisie parce qu’elle était pauvre et ignorante. A Nevers, c’est encore une vie humble et cachée qui l’attend.

Bernadette gardera tout au long de sa vie, sa personnalité, son caractère. Nous montrant par toute sa vie ce qu’est l’humilité elle nous préserve de ses contrefaçons que seraient la dépréciation de soi, la timidité maladive ou le doute permanent et destructeur.  L’humilité vraie ne retire rien à notre nature ou à notre caractère. On sait combien Bernadette saura rester lucide et ferme vis-à-vis des autorités civiles et religieuses. L’humilité chez elle va de pair avec le courage, il n’est pas question pour elle d’être infidèle à la vision et aux paroles dont elle a été gratifiée par la Belle Dame.  Rappelez-vous comment, face au curé Peyramale, qui demande à ce qu’elle soit tenue éloignée de la grotte, elle tiendra bon pour finalement déclarer “Oh, s’il ne veut pas le croire, qu’il le laisse, j’ai fait ma commission”.

L’humilité et le salut : le grain de blé tombé en terre

L’humilité nous configure au Christ doux et humble de cœur. Toute la Palestine juive attendait un messie triomphant. Les disciples eux-mêmes, ceux qui suivaient Jésus chaque jour, avaient du mal à voir autrement l’avènement du messie d’Israël. Rappelons-nous Pierre quand Jésus annonce sa mort ” Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas.” (Mt 16, 22). Il faudra toute une longue route à Pierre, le reniement et les larmes, pour finalement admettre la nécessité de la Croix pour le salut du monde et pour découvrir le chemin de l’humilité si naturel pour Bernadette. A la question de Mgr Forcade, évêque de Nevers, venu lui rendre visite à Lourdes : « qu’allez-vous devenir ? », elle répondra : « mais rien ».  Bernadette était heureuse à l’infirmerie, au service des malades à Lourdes. Elle ne cherchait rien d’autre que la paix du cœur que procure l’amour du travail bien fait, l’amour de Dieu et la fidélité à Marie qui la gratifia de son apparition. « Il suffit d’aimer » : c’est la réponse donnée par Bernadette à un éminent clerc chargé de la questionner sur la meilleure façon de vivre sa vie chrétienne !

L’humilité et le courage

Bernadette est pour nous une leçon de courage ! Cette petite fille interrogée par les autorités civiles ne cède rien, ne recule pas. Elle fera de même avec le curé Peyramale. Elle est  elle-même, elle ne se préoccupe pas de l’image qu’elle donne lorsqu’elle obéit à Marie et va puiser de l’eau boueuse à la source, eau qu’elle boira. Dans notre société sécularisée ou la laïcité devient religion d’état avec ses dogmes, les valeurs de la République dont on ne sait pas trop de qui il s’agit, Bernadette est un bel exemple de fidélité et de ténacité. La force de son baptême agissant en elle est supérieure à la peur du gendarme, du procureur, du commissaire de police. Bernadette nous invite à faire face, à ne pas renoncer au message que nous sommes chargés d’annoncer : «on ne m’a pas dit de vous le faire croire, on m’a dit de vous le dire », dira-t-elle au curé Peyramale. 

A l’heure des sondages, du politiquement correct, Bernadette nous offre le visage de la spontanéité, de la vérité, de la fidélité. Etre soi-même, ne pas se préoccuper de la rumeur publique. Suivre les invitations entendues dans la prière et ne pas se laisser phagocyter par l’environnement non chrétien qui peut être le nôtre. Bernadette, c’est la faiblesse de la nature devenue forte par la grâce de l’apparition de Marie, c’est la beauté de la vérité victorieuse de toutes sortes de pressions. Bernadette, c’est un encouragement pour ceux qui sont ridiculisés en raison de leur foi.