1er avril 2021 : la cène du Seigneur

1 Avr 2021

Ex 12, 1-8.11-14; Ps : 115, 12-13, 15-16bc, 17-18; 1 Co 11, 23-26;  Jn 13, 1-15

Depuis que Jésus et ses disciples sont entrés à Jérusalem les événements se précipitent. De l’acclamation du prophète qui entre dans la ville sainte monté sur un âne à sa condamnation et à sa mise à mort il n’y a qu’un pas qui sera vite franchi. Dans le drame qui se noue, Dieu n’abandonne pas son peuple malgré ses fautes. Comme il le fit au temps de Moïse, il se manifeste pour apporter la libération mais cette fois, ce n’est pas seulement le peuple de la première Alliance qui est libéré, c’est l’humanité toute entière qui est appelée au salut, et ce salut, donné une fois dans le sacrifice de la croix, l’Eglise nous offre de le vivre en vérité à chaque eucharistie.

L’unique sacrifice

On sait que le peuple hébreu est le peuple de la mémoire car il conserve jalousement toutes les traces de l’alliance entre Dieu et les hommes. De Noé à Moïse en passant par Abraham dont le pape a fait mémoire à Ur lors de son dernier voyage en Irak, avec Jacob, mais surtout dans le mystère de la personne de Jésus,  Dieu est dialogue. Les prophètes le rappelleront tout au long de l’histoire : Dieu vient vers l’homme, Dieu parle à l’homme, Dieu veut se donner à l’homme pour le sauver. Au moment de la Pâque, chaque année les Juifs faisaient mémoire de l’intervention de Dieu dans l’histoire de leur libération d’Egypte. Ils  sacrifiaient un agneau ou un chevreau. Ils reconnaissaient ainsi en Moïse, l’action de Dieu lui-même car Dieu est fidèle à son Alliance. Mais cette libération ne signifiait pas l’affranchissement de tous les esclavages. Sortis d’Egypte, les Hébreux connaîtront la faim, la soif, le péché et la mort. Il faudra bien plus grand que Moïse pour nous apporter l’ultime libération. Il faudra le Christ.

Jésus, au soir de la Pâque, reprend la tradition inaugurée lors de la libération du pays d’Egypte, Il refait en leur donnant une nouvelle signification, les gestes du partage du pain et de la bénédiction de la coupe. L’acte unique dans lequel le Christ a livré sa vie pour le salut du monde a eu lieu en un moment précis de notre histoire que nous pouvons dater et dans un lieu précis.  Alors serions-nous comme les Hébreux ce soir, faisons-nous simplement mémoire de l’unique sacrifice du Christ comme on fête un anniversaire en famille, comme les Hébreux font mémoire de la sortie d’Egypte, comme nous nous souvenons des jours de la libération en 1944-45, de la fin de la guerre, des attentats qui ont ensanglanté notre pays ? Non, Dieu nous invite à bien plus que cela ! Nous le chantons dans le Tantum ergo « Et antiquum documentum novo cedat ritui ».

Les deux signes : l’eucharistie et le service du frère

Partageant le pain et le vin au cours du dernier repas, Jésus introduit ses disciples dans le mystère de ce qui va se jouer quelques heures plus tard, le mystère de son agonie, de sa mort et finalement de sa résurrection. C’est déjà l’Eglise qui est rassemblée autour de son Seigneur et qui reçoit deux consignes “faites cela en mémoire de moi” et “vous devez vous laver les pieds les uns aux autres”. Jésus nous ouvre les portes de l’éternité non pas une fois, mais à chaque fois que nous célébrons ces mystères. Dans chaque eucharistie, dans chaque service rendu (diaconie de l’Eglise), c’est Dieu qui se donne en vérité et en plénitude à l’instant même.

Ce que les croyants célèbrent n’est ni une évocation plus ou moins historique, ni une pièce de théâtre. Qui célèbrent-ils ? Les chrétiens célèbrent Dieu qui se donne ici et maintenant. Il nous faut recevoir en vérité, dans notre chair mortelle,  le corps et le sang du Christ pour être greffés véritablement au Christ qui se donne. Et si nos frères sont associés à cette célébration, c’est parce que Jésus, vrai Dieu, vrai homme, nous a aimés jusqu’au bout. L’Eglise est dépositaire de ce trésor, quelle que soit la faiblesse des hommes qui le transmettent. Les prêtres et les diacres réunis autour de l’évêque lors de la messe chrismale se sont engagés à servir tout au long de leur vie ce double mystère de l’Eucharistie et du service du frère. Face à ce don immense qui nous sauve, nous ne pouvons que rendre grâce.

La cène transcende le temps et l’espace

Beauté du sacerdoce qui permet à l’homme ordonné par l’Eglise de célébrer la mort et la résurrection du Seigneur et d’inviter au banquet pascal. Quel que soit le rite (latin rite dit de Paul VI, rite dit extraordinaire, maronite, melkite, grec catholique…, quelle que soit la langue, latin, grec, chinois, français, syriaque, arabe, hébreu… quel que soit le lieu, le pays, la culture, l’histoire, la situation politique du pays, la nationalité du célébrant.. Le Christ est présent dans le sacrement de l’eucharistie. Les prêtres sont ordonnés entre autre pour la célébration des sacrements, pour donner au peuple chrétien, non la puissance, non le pouvoir, mais la force dont il a besoin pour inviter au banquet ceux qui sont aux carrefours de la société civile. L’Eucharistie est la catéchèse première de l’Eglise. Ce sacrement prend le temps de l’invitation, de la célébration, du dialogue avec Dieu, du silence, du pardon, de l’écoute de la parole qui, elle aussi, nourrit, et après la communion au corps du Christ, le prêtre ou le diacre envoie en mission. Ainsi, depuis des siècles, l’Eglise grandit, l’Eglise voyage, rencontre les cultures et conduit les hommes vers Dieu.

Saint Jean Chrysostome nous rappelle la beauté et la grandeur du sacrement de l’eucharistie :

« Puisque le Verbe a dit : Ceci est mon corps, acceptons-le, croyons-le, regardons-le avec les yeux de l’esprit. Car Jésus ne nous a rien laissé de sensible, mais il nous a laissés sous des objets sensibles, des vérités spirituelles. Combien disent : je voudrais voir Sa figure, Ses traits, Sa beauté moins que Ses vêtements… Mais, dans l’Eucharistie, c’est lui-même que vous voyez, lui-même que vous touchez, lui-même que vous mangez. Pensez-y et adorez, car c’est le même qui est aux Cieux et que les anges adorent ! ».

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